Au moment de sa sortie en 2015, Everything, Everything faisait la une et fut même best-seller du New York Times, 40 semaines durant. Ce roman jeunesse a été adapté en film, en 2017, sous le même nom Everything, Everything, par J. Mills Goodloe avec Amandla Stenberg et Nick Robinson. Cependant, il est toujours mieux de lire que de voir, l’adaptation cinématographique pouvant négliger certains aspects que le livre fait mieux ressortir, et surtout parce que c’est vous qui créez vos propres personnages dans votre imagination. Vous avez le loisir de suivre leur évolution, de mieux percevoir leur état d’esprit, leur caractère.

Qui est Nicola Yoon ?

Nicola Yoon est une auteure américaine née en 1972, ayant grandi en Jamaïque et dans le quartier de Brooklyn à New York. Elle obtient un degré dans l’électronique à l’Université Cornell avant de suivre une formation dans le programme de maîtrise en création littéraire au collège d’Emerson. Elle travaille près de vingt ans en tant que programmeuse pour des sociétés spécialisées en gestion de fonds d’investissement avant de publier son premier roman, Everything, Everything. C’est après la naissance de son premier enfant, une fille, que Yoon se lança avec l’idée de broder une histoire autour de la “mise en bulle”  de son enfant pour le protéger du danger. Ce n’est qu’en 2015, soit trois ans après, que Everything, Everything fut publié aux éditions Bayard.

Une histoire emplie de passion

Madeline vient d’avoir 18 ans, mais elle n’a jamais mis pied hors de sa maison : elle est atteinte du DICS (Déficit immunitaire combiné sévère), connue sous le nom de maladie de l’enfant-bulle. Elle sait cependant à quoi le dehors ressemble, et comment les gens “normaux” jouent avec leurs amis, vont à l’école, tombent amoureux, fréquentent les universités, vont au boulot. Elle sait tout cela grâce aux livres dont elle raffole et qui remplissent les étagères de sa chambre. Elle s’est faite à l’idée de sa vie, qu’elle vit plutôt bien. Elle partage avec sa mère, Pauline, un lien très étroit, et avec son infirmière de toujours, Carla, une grande complicité. Ces relations commencent à dégringoler lorsque de nouveaux voisins emménagent, apportant avec eux du bruit au quotidien.

Le fils du couple, Oliver appelé Olly, et Maddy (surnom donné par Oliver à Madeleine) se rapprocheront au moyen d’échanges via mail. Plus tard, sous la surveillance de Carla qui avait compris que l’empêcher de le voir serait très risqué, Maddy aura enfin des relations physiques avec le jeune homme, contacts qui se feront de plus en plus sérieux au fil du temps. Mais, ce qu’elle craint arrive : la mère finit par découvrir ce qui se fait dans son dos, et renvoie Carla. Étouffée par les nouvelles restrictions imposées, Madeleine décide de s’enfuir avec Olly à Hawaï. Ces 2 jours semblent aller à la perfection, mais le dernier jour, Maddy fait une crise qui manque de lui ôter la vie. Elle retourne avec sa mère chez elle, et décide de s’éloigner d’Olly. Cependant, un élément vient briser ses résolutions : le médecin qui l’a soignée lors de sa crise lui apporte une information qui pourrait tout changer.

Un style d’écriture unique

  • La plume de Nicola Yoon dans cette oeuvre sort du commun en ce sens qu’on reçoit les événements dans leur état brut. L’auteur ne s’emballe pas de fioritures pour dire ce que ressent, pense ou vit son personnage. C’est une sorte de journal intime : on dit les choses telles qu’elles nous viennent et c’est tout. Alors, il y a de très très courts chapitres, comme il y en a de pas très courts : sans chapitres très longs.
  • Le récit est très dynamique et on ne s’ennuie pas, d’autant plus que Nicola Yoon utilise le système des échanges de mails pour instaurer des dialogues entre les personnages, ou encore des dessins pour exprimer les sentiments des personnages. Ceci donne un petit trait d’humour à l’histoire.
  • À première vue, on pourrait penser que c’est un roman tout triste vu que Madeleine est malade, mais ce n’est pas le cas. C’est un bouleversant et charmant roman. Ce livre est plein de rebondissements et de suspens, et l’on ne sait où et comment va finir l’histoire entre Olly et Madeleine. On devine qu’elle va forcément bien finir, mais on se demande comment. La plume de l’auteure est vraiment fluide et entraînante ; on ne voit pas les pages passer.

Madeline, elle, vit deux réalités : sa maladie et sa réclusion à son domicile d’une part, et sa découverte du dehors, d’Olly, l’amour qu’elle ressent pour lui.

Olly quant à lui est aux prises avec son propre père, de plus en plus brutal sur sa mère. L’arrivée de Madeleine dans sa vie lui donne une bouffée d’air frais, même s’il n’arrive pas à s’empêcher d’avoir peur pour elle. On s’identifie plus facilement à lui, d’autant plus que nous ne sommes pas dans la même condition que Maddy.

Une couverture qui parle

Nicola Yoon a choisi une couverture particulière, réalisée par son époux David Yoon.

Sur un fond blanc, on voit apparaître presque au bas de couverture, un désordre, un méli-mélo de choses qui sont toutes aussi polluantes que pathogènes pour un individu atteint de DICS. On y voit des fleurs de toutes sortes, des plumes d’oiseaux, le soleil, le vent, le sable, la mer, des clés, des avions, des constructions, des oiseaux, des masques. C’est tout un ensemble de choses rassemblées, dont la condensation fait reculer avant de pousser à mieux analyser. Le titre en lui-même, Everything, Everything est un véritable soupir du personnage principal. Tout, absolument tout, représente pour elle un danger. Même l’air que nous respirons peut lui être néfaste, à cause des minuscules germes qui s’y infiltrent. Le blanc de la page renvoie à la blancheur immaculée de sa chambre, uniquement égayée par les livres qui y apportent des couleurs autres que le blanc finalement terne dans lequel elle a grandi. De plus, la citation insérée au bas de page : “Le plus grand risque dans la vie, c’est de ne pas en prendre”, qui est un véritable sujet de réflexion sur lequel on devrait se poser. Tout est une question de risques. Sans risques, on n’arrive nulle part, on n’apprend rien : on ne vit pas.

Des illustrations

Le couple Nicola et David Yoon égaie le scénario du live avec les codes de la romance, mais de façon très intelligente et assez originale pour le coup. La lecture est égayée par des graphiques, des listes d’achats, des conversations par emails rendus comme si elles apparaissent sur notre ordinateur, des feuilles où Madeleine espionne les faits et gestes de ses voisins, des dessins pour illustrer ses sensations, des pages web qu’elle consulte. Ces illustrations, ainsi que ses notes de dictionnaire et sa rubrique spoil sont placés stratégiquement, au bon endroit et au bon moment pour permettre de vivre et de suivre l’histoire en temps réel. Ces illustrations sont drôles, et elles ajoutent de l’humour à un environnement voué à la mélancolie.

Des thèmes particuliers

L’oeuvre aborde en particulier (uniquement) deux thématiques : la question de l’influence de la maladie sur notre vie, et les péripéties que nous cause notre muscle cardiaque en présence des êtres aimés.

Le DICS

C’est une maladie rare, certes, mais elle existe bel et bien et pousse ses malades à vivre reclus du monde entier. Nous n’irons pas dans les détails médicaux, mais comprenons que les personnes maladives ne sont pas toujours aussi bien qu’ils en ont l’air. Leur santé est en jeu, mais ils se sentent étouffés par tous ces protocoles qui les entourent. Madeline est restée très forte, elle a surmonté la dépression qui a failli l’atteindre et a compris qu’il ne servait à rien de se rebeller contre cette situation, et que l’accepter au contraire la rend mieux vivable, plus supportable, au début du moins…

L’amour

Quand on parle d’amour, on voit le monde à ses pieds, parce que l’on se sent des ailes pousser, on se croit maîtres du monde. L’amour est un feu dévorant, passionnant, qui étreint nos cœurs. Grâce à Madeleine, on est retourné en arrière, à notre premier baiser, la première fois que nous avons senti quelque chose d’aussi fort qu’elle.

Malgré tout, il faut savoir mettre des limites quand en retour de cet amour vous ne recevez que violence, physique ou verbale, ou même morale. C’est ce qu’on tire de l’histoire de la mère d’Olly. Rester après la première gifle a permis aux autres coups de venir. Voici le résultat : une famille dissociée, une fille fumeuse chronique, un garçon qui développe de la haine pour son père.

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