Connaissez-vous 14-14 ? Que votre réponse soit positive ou pas, nous vous invitons à (re)découvrir ce roman qui a reçu de nombreux prix, dont le prix Gulli 2014 du roman jeunesse 8-12 ans. Il a aussi été classé lauréat du prix des Incorruptibles 2016, dans la catégorie cinquième/quatrième. Si le titre ne vous dit toujours rien, voici 5 raisons de lire absolument cette oeuvre.

La carte d’identité

14-14 est le résultat de la collaboration de deux auteurs : Silène Edgar et Paul Beorn.

Fille et soeurs d’auteurs, Silène Edgar est professeur de Français dans un collège breton. Elle est également animatrice du site Callioprofs, destiné aux professeurs de collège. Ayant grandi dans un environnement littéraire, elle a su garder la culture du plaisir de lire et du savoir. Elle est plongée dans les romans d’anticipation pour la jeunesse et les adultes, les textes érotiques et fantastiques.

De son vrai nom Paul Couaillier, Paul Beorn est un écrivain français, spécialisé dans les récits fantastiques et de science-fiction. Il écrit également des romans pour enfants et pour la jeunesse. Son attachement pour le personnage Beorn du livre pour enfants Bilbo le Hobbit le pousse à l’utiliser comme pseudonyme.

14-14 est sorti à l’occasion du Centenaire de la Première Guerre mondiale, en 2014. Il a remporté de nombreux prix, et est même au programme pour certaines classes de sixième, cinquième et quatrième. Il est paru aux éditions Castelmore, dans la collection des Incorruptibles. La couverture de l’oeuvre est illustrée par Adèle Silly.

Résumé de l’oeuvre

1er janvier 2014 Le petit Adrien se sent obligé d’écrire à ce cousin lointain qu’il ne fréquente pas (et qu’il estime peu) pour lui souhaiter ses voeux. Venant de subir une déception amoureuse, il ne se plaint pas trop et se met à la tâche, voulant trouver un exutoire à sa douleur. Seulement, la boîte aux lettres semble s’être rapprochée de sa maison. Elle a une couleur bleue au lieu d’être jaune, et elle est déjà rouillée par endroits. Il poste néanmoins sa lettre et retourne.

3 Janvier 1914 Hadrien découvre une boîte aux lettres tout près de chez lui, bleue au lieu d’être jaune. Il est ensuite surpris de recevoir une lettre, et entreprend de répondre à ce cousin qui lui souhaite ses voeux.

Les deux garçons ont 13 ans, et se sont liés d’une amitié sincère renforcée par les confidences de l’un et de l’autre. Mais lorsqu’ils décident de se rencontrer en vrai, ils se rendent compte que quelque chose cloche. Finalement, ils ont compris qu’ils ne vivent pas seulement à 27 km environ de distance l’un de l’autre, mais à un siècle d’écart. Adrien a peur pour Hadrien et sa famille, qui sont à quelques pas près de se faire décimer par la guerre qui va bientôt éclater. Hadrien tente d’en parler à ses proches, mais il est un peu pris pour dément et il n’arrive pas à convaincre du contraire.

Pourquoi lire 14-14 ?

De l’Histoire saupoudrée d’un peu de magie

L’Histoire est mise en évidence par ce livre. Bien que l’on puisse s’attendre à ce que leur échange se fasse pendant la guerre, l’avant-guerre nous en apprend encore plus. On sait déjà les répercussions de la Première Guerre mondiale, mais on n’a pas vraiment une réelle idée de comment les choses se passaient auparavant. Grâce à Hadrien, c’est chose faite. Seulement, pour permettre à nos personnages de communiquer et d’apprendre l’un de l’autre, la magie s’opère, comme il est de coutume dans les Castelmore : de nouvelles boîtes postales apparaissent chez chacun.

Comment cela s’est-il passé? Bien avant de rentrer chez lui ce jour, Adrien avait rendez-vous avec Marion au cimetière pour lui dévoiler son amour, mais déçu qu’elle en aime déjà un autre, il se jeta sur une tombe et ne put s’empêcher de pleurer.

On pourrait penser que c’est le mort qui a réussi cet exploit.

Les personnages principaux nous sont si sympathiques, que le drame de la Première Guerre mondiale à venir est d’autant plus accru. L’un sait que si rien n’est fait, la mort frappera cruellement, mais l’autre ne s’en doute pas.

Des époques superposées

La magie opérée permet de vivre parallèlement deux époques mises en superposition par l’un et l’autre des personnages :

  • En 1914, les boîtes aux lettres étaient bleues et non jaunes, comme on en voit aujourd’hui.
  • Au temps d’Hadrien, avoir une parcelle de terre était la plus grande richesse (si on l’exploite convenablement et avec labeur). On comprend donc le père d’Hadrien qui était contre l’idée qu’il continuât ses études, jugeant qu’il perdrait inutilement du temps.
  • Le langage trop familier d’Adrien était une nouveauté pour Hadrien. En son temps, le langage soutenu était de mise, même envers les personnes familières.
  • Adrien emploie un vocabulaire qui n’existe pas chez Hadrien. Il ne sait pas ce que sont “basket”, “SAMU”, “sécu”.
  • Les maladies facilement soignées aujourd’hui faisaient rage à leurs débuts, et elles emportaient facilement les souffrants : pas de pharmacie, les médicaments même étaient encore testés et ne marchaient pas toujours. Encore faudrait-il être un homme très riche et proche de la capitale.
  • Les moyens modernes de communication n’existaient pas. Il fallait donc prendre la route, si l’on voulait que le message soit passé à temps. C’est la raison pour laquelle le “numéro” qu’Adrien a demandé a tant semblé étrange à Hadrien, qui hésitait à lui donner le numéro de sa rue. La boîte aux lettres était située à des kilomètres. Internet n’existait pas, ou appartient uniquement aux gens nantis, au gouvernement. Il n’y avait alors pas d’adresse e-mail, pas de réseau social non plus au temps d’Hadrien.
  • La perception de la Première Guerre mondiale est différente : pour Hadrien, rien ne présage cette énorme guerre qui arrive, son entourage n’ayant que très peu d’échos de ce qui se prépare. Ce qui est plutôt à la une, ce sont les deux années de sécheresse passées, qui laisseront bientôt place aux moissons cette année-là. Pour Adrien, c’est chose faite, il n’est plus question que de commémoration maintenant.

Un style épistolaire

Le livre est basé sur un échange de lettres, que les auteurs ont permis d’avoir textuellement. On remarque selon le personnage une écriture peu soignée (Adrien), une écriture avec la conscience de bien former les lettres. On sent à quel point Hadrien était attaché à l’école, et il faisait tout pour obtenir le titre d’excellence.

Cependant, les lettres ne constituent pas les seuls éléments du roman. Elles sont intercalées par des développements qui permettent de mieux comprendre l’état d’esprit de l’un et de l’autre. Elles permettent de mieux cerner également les contraintes qui existent dans l’une et l’autre époque, qui justifient leur langage, leur manière de s’exprimer. Les papiers sont jaunis, et des éléments comme des photographies, des pages de manuel, des cartes sont insérés.

Parfait pour les enfants

14-14 est une oeuvre littéraire facile à lire. La lecture est très fluide, et adaptée pour les enfants à partir de 8 ans, car très accessible et confortable.

De plus, 14-14 aborde des problèmes très souvent rencontrés par nos enfants, prépubères ou pubères, ou encore loin de ce stade. La famille, l’amitié, les camaraderies, l’amour, les études, tous ces thèmes font écho à chacun de leurs ressentiments, de leurs opinions.

S’il est très adapté à l’enfance, la jeunesse et les adultes ont tout intérêt à le lire également. Il n’est pas trop “niais”, juste ce qu’il faut pour comprendre l’enfant et une dose de maturité (surtout de la part d’Hadrien) suffisante pour vous accrocher jusqu’à la fin.

Par ailleurs, le livre est adapté aux lecteurs dyslexiques.

Le bébé de deux auteurs

Nous avons dit que 14-14 résultait du travail de deux auteurs. C’est toujours bien de voir ce que les actions combinées de 4 mains au lieu de 2 peuvent donner. Sachant que chacun de ces auteurs à un excellent palmarès compte tenu de leurs oeuvres et de la poigne qu’elles portent à un public particulier, on s’attend forcément à une explosion. 14-14 de Silène Edgar et Paul Beorn a réellement explosé, et mêle magie, intrigue, imagination.

On se demande bien lequel des auteurs s’est approprié quel personnage, en prenant en compte tous les aspects afférents à l’histoire de l’époque choisie.

Un grand aspect abordé : l’école

En 1914, poursuivre un cursus scolaire représente une chance et un espoir inouïs pour les amoureux du papier. Il n’y a que les meilleurs, la crème de la crème, qui peuvent s’imaginer continuer leurs études grâce à une bourse décernée par l’État. Les scolarisés étaient donc très bien récompensés à la fin de leurs études et trouvaient très vite une occupation, un travail pour prendre convenablement soin d’eux et de leurs familles.

Cependant, de nos jours (en 2014, pour rester avec Adrien ), l’école est devenue soeur de l’ennui et de la corvée. Elle est (presque) devenue une utopie sur l’avenir, car le champ des possibilités est désormais restreint. La population a augmenté, et avec elle le taux de scolarité. Ceci entraîne donc une demande supérieure à l’offre, d’où le chômage qui prend de l’ampleur en absence d’opportunités conséquentes.

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