Patrick Bard nous parle de POV ( Point of View )

Romancier mais aussi photojournaliste, écrivain-voyageur et romancier, Patrick Bard publie en 2002 son premier roman : La Frontière. En 2016, après plusieurs romans de littérature générale, il publie Et mes yeux se sont fermés aux éditions Syros, sur l’embrigadement des jeunes pour le jihad. A l’occasion de la rentrée littéraire 2018, il s’attaque à un sujet tout aussi sensible, intime et tabou : l’addiction au cybersexe avec P.O.V ( Point of View)

Dans POV, il raconte ainsi l’histoire de Lucas, un ado ordinaire qui devient très vite accro aux films pornographiques après en avoir regardé un, un peu par hasard. Dans le plus grand secret, il passe des heures à regarder des films X, jusqu’au jour où ses parents découvrent tout. Mais il est déjà trop tard, Lucas a développer une dépendance et le sevrage sera très violent.

A l’occasion de la sortie de ce roman, j’ai voulu en savoir un peu plus sur son écriture. Merci à Patrick Bard d’avoir répondu à mes questions.

Lirado : Pour quelles raisons avez-vous eu envie d’écrire un roman qui parle de l’addiction au cybersexe ?

Patrick Bard : Quand j’ai effectué mes recherches pour Et mes yeux se sont fermés, je me suis aperçu qu’un des effets collatéraux de l’embrigadement via les réseaux sociaux était une addiction à ces derniers. Cela aboutissait à plusieurs centaines de connections/jour avant le départ pour le Jihad. Ainsi est née l’idée d’un roman sur l’addiction aux écrans.
J’avais d’abord pensé aux jeux en ligne, mais quand j’ai vu les chiffres du porno, quand j’ai vu que les deux plus gros sites pornos du web dépassaient 
Amazon en nombre de connexions, je me suis dit qu’il fallait chercher de ce côté-là.
Et aussi, l’enjeu littéraire d’un roman jeunesse sur ce thème, la difficulté que cela impliquait, m’ont donné envie de l’écrire. Pour un auteur, c’est un pari passionnant.

Lirado : Comment s’est déroulée l’écriture du roman ? Avez-vous rencontré des spécialistes? Visionné des documentaires ou lu des ouvrages sur le sujet ?

Patrick Bard : J’ai effectué un gros travail de recherche, tant sur le web qu’en lecture, j’ai eu des contacts avec David Le Breton, professeur à l’Université de Strasbourg, membre de l’Institut universitaire de France et chercheur au laboratoire Cultures et Sociétés en Europe. Anthropologue et sociologue français, il est spécialiste des représentations et des mises en jeu du corps humain qu’il a notamment étudiées les conduites à risque et il m’a aidé à me documenter.

J’ai séjourné dans un centre de postcure à l’addiction, rencontré des psychothérapeutes, sexothérapeuthes, l’équipe de l’hôpital Marmottan, notamment, et aussi parlé avec un addict au cybersexe, des ados addicts aux jeux en ligne, des enseignants.

Enfin, j’ai visionné des heures de porno pour tenter de comprendre et analyser.

Lirado : C’est la première fois que je lis un roman pour ados qui traite aussi ouvertement de pornographie et d’addiction au cybersexe, comment a réagi votre éditrice lorsque vous lui avez parlé de ce projet de roman ?

Patrick Bard : Elle m’a dit que personne ne voulait s’y risquer, et elle m’a vivement encouragé !

Lirado : Le roman est raconté à la troisième personne, est-ce un choix qui s’est imposé d’emblée face à une narration à la première personne ?

Patrick Bard : Cela permet de croiser les personnages et d’adopter un point de vue omniscient. C’est aussi plus facile pour les flash-backs et les flash-forwards.

Lirado :  Dans votre livre vous faites référence au documentaire Pornocratie d’Ovidie. Les parents de Lucas le montrent à leur fils pensant bien faire et les conséquences psychologiques sur lui sont terribles. Est-ce pour vous un documentaire trop dur pour des ados ?

Patrick Bard : C’est un excellent documentaire et un outil formidable. Simplement, dans mon roman, les parents de Lucas l’utilisent comme une arme de culpabilisation, et sans s’en rendre compte, ils en font un mauvais usage. La base de toute maîtrise des addictions est la connaissance de la substance et de son usage. Et Ovidie fait là un travail formidable.
J’ai sur le porno un point de vue pragmatique. Je ne suis pas sûr qu’il soit vraiment possible d’empêcher les mineurs d’y accéder. Par contre, il est indispensable de les informer, de lutter contre les addictions, les altérations de la sexualité et de l’image des femmes (mais aussi des hommes) qu’engendrent la soumission des mineurs au cybersexe. Le tout sans oublier le combat contre les conditions dans lesquelles sont produites nombre de ces vidéos.

Lirado : C’est aussi une lecture que l’on a envie de recommander aux parents, souvent démunis face à l’accès de leurs enfants à la pornographie, avez-vous également écrit POV dans cette optique de toucher aussi les parents ?

Patrick Bard : Bien sûr, tout comme mon roman précédent, il est destiné à tous les publics. Je le conçois comme un territoire de lecture partagée.

Lirado :  L’embrigadement des jeunes avec Et mes yeux se sont fermés, l’addiction au cybersexe avec P.O.V ( Point of View) , vous parlez de sujet à la fois sensibles, tabous et d’actualité, avez-vous déjà l’idée d’un futur roman pour ados ?

Patrick Bard : Rien n’est encore définitif, mais je m’intéresse à la problématique de la récupération identitaire chez les ados.

Pour marque-pages : Permaliens.

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