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La solitude des nombres premiers de Paolo Giordana

Pour les 15 ans et +, 330 pages, Seuil.
D'un côté il y a d'abord Alice. De l'autre Mattias. Et s'ils ne se resemblent pas, l'un muré dans un profond silence, l'autre d'abord plus ouverte, ils se croisent au cours des années, partageant une étrange amitié fleurtant parfois avec l'amour. La première est une anorexique mal dans sa peau, marquée par des rapports houleux avec son père depuis une chute de ski et le second est tout aussi en décalage : surdoué de mathématiques où il trouve de l'appaisement, il tente d'oublier le drame d'avoir perdu sa soeur jumelle... Au fil des années, le lecteur suit le parcours croisé, à la fois proche et lointain, de deux personnes si différentes et si semblables. Un garçon, une fille; un adolescent, une adolescente; un homme, une femme, perdus dans le monde et qui cherchent à reconstruire leur identité en lambeaux.
      
Premier roman de Paolo Giordano, La solitude des nombres premiers a déja rencontré un succés bien mérité. Mettant en scène deux anti-héros totalement antagonistes, l'auteur dresse deux biographies croisées. Les personnages évoluent dans un monde a part qui évoque le monde d'un autiste. Brisés par la vie, l'univers des deux personnages est hermétique aux sentiments et l'écriture de Paolo Giordano parvient a véhiculer cette sensation au lecteur par une écriture soignée, acerbe, qui ne se perd ni dans le pathos ni dans les états d'âme. Livrant avec justesse un quotidien transfiguré et brutal, où les héros ne s'adaptent que difficillement, parcourus de sentiments auxquels ils ne savent pas comment réagir.
Histoire aussi d'une amitié dont l'amour est une issue imposssible, Alice et Mattias se ressemblent et se distinguent, tels des nombres premiers ils font partie du même groupe sans jamais pouvoir se rejoindre, séparés par un nombre divisible.
De façon générale, l'histoire captive et intrigue, jusqu'à la fin l'issue du destin des deux héros est masquée, entretenant un suspence constant. La narration quant à elle joue sur les non-dits et parvient à retranscrire de façon déconcertante la tension de tout le récit. L'émotion est intense, puissante, poignante et terriblement séduisante. Une écriture que j'apprécie beaucoup et que je ne peux m'empêcher d'illustrer un peu...(même si toute la puissance des phrases se ressent surtout dans le contexte) :
"Les autres furent les premiers à remarquer ce qu'Alice et Mattia ne comprirent qu'au bout de nombreuses années. Ils pénétrèrent dans la pièce main dans la main. Ils ne souriaient pas, leurs regards suivaient des trajectoires différentes, mais on aurait dit que leurs corps coulaient l'un dans l'autre à travers leurs bras et leurs doigts joints.
Le contraste prononcé que formaient les cheveux clairs d'Alice autour de son visage trop pâle et les cheveux foncés de Mattia retombant sur ses yeux noirs s'anéantissait dans cet arc subtil. Il y avait entre eux un espace commun dont les confins n'étaient pas bien tracés, où rien ne semblait marquer et l'air paraissait inerte, tranquille"..."Ils avaient l'air ébahis, comme s'ils venaient d'un endroit lointain qu'ils étaient seuls à connaître.
Les avis des internautes sur ce livre :

A propos de Paolo Giordano

Paolo Giordano est né à Turin en 1982. Il vit à San Mauro Torinese dont il est originaire. Fils d'un gynécologue et d'une professeur d'anglais, il a étudié la physique. Son premier roman, La Solitude des nombres premiers a reçu le prestigieux prix Strega.

 

 

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