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La première fois on pardonne d'Ahmed Kalouaz
Pour les 13 ans et +, 95 pages, Rouergue :
doAdo.
Elodie a trouvé refuge chez sa grand-mère
il y a trois semaines, lorsque sa mère a décidé
de partir du domicile familial. En feuilletant les pages d'un album
photos, elle tente de recomposer l'histoire de sa famille, broyée
par la violence conjugale.
Cette phrase, combien de femmes battues l'ont-elles prononcée
comme pour donner vérité à ce qui n'était
que mensonges : "La première fois on pardonne"
mais que faire quand survient la seconde, la troisième, la
dizième, la centième fois ? lorsqu'on ne peut même
plus compter ? C'est ce sujet sensible qu'Ahmed Kalouaz a décidé
d'évoquer dans ce roman.
A l'heure actuelle une femme sur dix est victime de mauvais traitements
en France, infligés par son mari. Les journaux ont beau faire
des articles, des livres comme La Première fois on
pardonne, ont beau être écrits, le phénomène
devenu Grande cause nationale depuis 2010, continue d'être
conséquent et de toucher le monde entier.
Ahmed Kalouaz raconte avec délicatesse et pudeur cette violence
conjugale qui est entrée au fur et à mesure dans la
vie d'Elodie et de sa soeur, impuissantes face au drame qui se joue
devant elles ou derrière elles, dans la pénombre de
la nuit, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque année.
Des rebellions, il y en a eu quelques unes mais aucune n'avait jusqu'ici
réussi à aller plus loin que la réponse aux
coups, permettant un temps mort dans la relation conflictuelle,
toujours trop court.
Par petites touches Ahmed Kalouaz évoque dans La Première
fois on pardonne, les souvenirs de ces coups infligés
par le père d'Elodie à sa mère et la jeune
fille repense à ces moments toujours entre bonheur et malheur.
Malgré ses quinze ans et le départ précipité
de sa mère, personne ne veut vraiment lui raconter, alors
elle n'a que ses souvenirs et les photos pour se rappeler les scènes
effroyables qu'elle voyait, et d'autres instants, plus heureux.
La peur et l'éloignement des autres sont devenus, comme pour
sa mère, son quotidien et même si Elodie n'a jamais
reçue de coups, elle aussi est marquée. Retourner
le passer, l'interroger, l'explorer, se souvenir, constituera au
fur et à mesure une forme de thérapie qui l'aideront
à se reconstruire. Comme beaucoup d'enfants qui assistent
à ce genre de scène, l'adolescente est tiraillée
entre l'amour pour sa mère et celui pour son père,
qu'elle ne peut pas malgré tout, complètement haïr.
La Première fois on pardonne est un livre triste
mais Ahmed Kalouaz le teinte d'espoir en regardant non pas vers
le passé mais l'avenir à construire. Cette mère
a réussi à s'en sortir, ce qui n'est pas le cas de
toutes et le roman s'ajoute à cette longue liste de titres
qui disent aux femmes battues : "allez-y, partez, n'ayez pas
peur, des gens sont là pour vous aider à vous reconstruire".
Un texte bref et coup de poing qui ne laisse pas indifférent.
Un sujet peu abordé en littérature jeunesse qui méritait
pourtant depuis longtemps une attention car ce n'est jamais évident
pour des enfants de voir leur mère battue. On parle au fond
jamais vraiment d'eux dans les articles. Un livre pour ceux qui
aiment s'informer sur des sujets sensibles et douloureux, ou encore
lire des livres en rapport avec des phénomènes de
société et d'actualité.
A propos d'Ahmed Kalouaz
Ahmed Kalouaz est né en 1952 en Algérie d'une père
et d'une mère qui ne s'aimaient pas vraiment. Il vit aujourd'hui
dans le Gard et depuis longtemps il publie des textes. D'abord dans
le domaine du théâtre, puis des recueils de nouvelles
et plus récemment des romans à l'attention des enfants
et des adolescents.
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