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Nicholas Dane de Melvin Burgess
Pour les 15 ans et +, 395 pages, Gallimard
Jeunesse.
Nicholas Dane a 14 ans, ce n'est pas un ado facile
mais il est loyal. Le jour où sa mère meurt à
cause d'une overdose, il se retrouve seul. Mrs Batts, l'assistante
sociale refuse qu'il aille vivre avec Jenny, la vieille amie de sa
mère Muriel et l'envoie dans une institution. Mais Meadow Hill
n'est pas un endroit où il fait bon de vivre : la violence
règne et l'ambiance est morose et glaciale. Nicholas Dane,
encore bouleversé par les événements a du mal
à s'adapter et pense trouver dans le directeur adjoint, Tony
Creal, du réconfort, jusqu'à ce que tout dérape.
Plus qu'une seule chose compte alors pour lui : fuir !
La particularité des derniers romans de Melvin Burgess sont
d'aborder des sujets sensibles qui touchent à l'adolescence
(comme la chirurgie esthétique avec Le
Visage de Sara), des sujets rarements évoqués
dans la littérature pour adolescents (comme la sexualité
avec Une Idée fixe) voire des tabous (comme
Junk, sur l'univers de la drogue et de la rue).
C'est dans un mélange de ces trois tendances qu'il faut situer
Nicholas Dane. Roman sur l'adolescence, avec un Nick
en pleine construction de lui-même, confronté à
la mort de sa mère. Roman sur un sujet peu évoqué
: la vie en institution, en orphelinat. Enfin, roman tabou car il
sera question de violence et de pédophilie dans ces institutions
ainsi que de la vie dans la rue pour des ados en perdition.
Nicholas Dane se passe dans les années 80 mais
jamais Burgess ne donne dans son roman de date précise ce qui
laisse comprendre que si les institutions pour enfants abandonnés
ou orphelins, se sont un peu améliorées, ce n'est pas
forcément le cas partout. Un sujet qui ne pouvait pas manquer
d'intéresser Melvin Burgess, auteur dont la réputation
n'est plus à prouver lorsqu'il s'ahit de provoquer et de décrire
sans artifices les situations qui se passent dans ces lieux, à
la limite du dicible.
Nicholas Dane est un livre choc et fort, sur la violence
et la pédophilie au sein des institutions. Melvin Burgess se
place aux côtés de Nick, suivant sa vie à Meadow
Hill, son errance dans la rue et livrant à chaque fois ses
pensées. Il nous les retransmet avec la distance du "il"
tout en gardant la puissance des sentiments ressentis par l'adolescent.
Mais Burgess est aussi un narrateur qui parfois connaît la suite
de l'histoire ou tout simplement la situation d'autres personnages,
et c'est sur un ton tout aussi dur qu'il partage ses informations
avec le lecteur médusé.
Nicholas Dane est un roman que j'ai lu d'une traite
et qui m'a bien secoué par la vérité crue qu'il
révèle : les sévices, les coups reçus
sont décrits sans oculter quoi que se soit, alors que les scènes
de pédophilie sont plus suggérées ce qui permet
à Melvin Burgess de plus accentuer son texte sur le mal être
de Nicholas Dane.
Au cours du roman, Nick change et comme le fait remarquer Jenny à
un moment, il se renferme sur lui même. Plus que la violence
physique, c'est la violence psychique qui atteint Nicholas. Le viol
dont il est la victime le traumatise plus durablement que toutes autres
violences.
Nicholas Dane peut se diviser en quatre parties inégales,
avec une insistance évidente sur la deuxième et la troisième
parties. En effet d'abord nous rencontrons Nick le jour où
sa mère meurt, ce qui nous permet de cerner très rapidement
son caractère. Puis c'est le moment où il est à
Meadow Hill. Ensuite Melvin Burgess raconte sa fuite de l'institution
avec Davey et la vie qu'il mène dans la rue. Enfin, le dernier
chapitre revient sur la suite de sa vie, après cette période
mouvementée, permettant à Burgess de montrer que les
conséquences de ce passage à l'institution ont marqué
Nicholas Dane au fer rouge.
Impossible avec ce roman de ne pas être révolté,
horrifié, médusé et de rester sous le choc de
cette lecture au ton fracassant et sans conssession. Melvin Burgess
arrive à tenir en haleine son lecteur qui désire savoir
comment Nicholas Dane va évoluer.
Le roman est dûr, à déconseiller aux âmes
sensibles et aux jeunes adolescents, mais pour les autres, Nicholas
Dane, sera un livre exceptionnel, sur un sujet qui méritait
qu'on s'y intéresse de front et sans masque.
A propos de Melvin Burgess
Melvin Burgess est né à Londres en 1954. Il quitte
l'école à l'âge de dix-huit ans et commence une
carrière de journaliste. Il débute l' écriture
vers l'âge de vingt ans, mais il doit attendre une quinzaine
d'années pour voir son premier livre publié : The cry
of the wolf, c'était en 1990. Il vit actuellement dans le Lancashire
(région de Bristol) où il se consacre entièrement
à l'écriture.
Melvin Burgess est aujourd'hui considéré comme l'un
des meilleurs écrivains contemporains pour la jeunesse de langue
anglaise.
La grande particularité de ses romans sont d'aborder des thèmes
souvent tabous ou mal explorés en littérature jeunesse
de façon crue et réaliste.
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