Les classiques en manga

banniere2Comment donner envie aux adolescents de lire des classiques littéraires tels que Les Misérables de Victor Hugo, Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas ou encore Les Aventures de Tom Sawyer de Mark Twain?
Si la question était jusqu’ici très problématique pour les parents, les professeurs et les professionnels du monde du livre, il semble bien qu’on est trouvé une idée du côté des éditeurs de mangas.
En effet, depuis le Japon, de jeunes mangakas se sont lancés dans un défi un peu fou : transformer en mangas, les chefs d’œuvre de la littérature… Le résultat ne manque pas de séduire et bouscule les lecteurs !

 ligne-separation

Transformer les lettres en images : une idée qui ne date pas d’hier.

L’idée n’est pas vraiment neuve. Les classiques de la littérature ont connu toutes sortes transformations pour que les enfants, les adolescents aient acquis, d’une manière ou d’une autre, une culture littéraire de base, une fois adulte. C’est ainsi qu’on a vu d’abord fleurir les classiques abrégés des grands chefs d’œuvres de la littérature, qui peuplent parfois encore aujourd’hui les cours de français de nos collèges et lycées.
Puis, parce que c’était toujours du texte dans une société de plus en plus tournée vers l’image, on a vu apparaître des adaptations sous forme de bandes-dessinées et dessins animés. Ils sensibilisaient avec plus ou moins de fidélité aux textes d’origine, les jeunes, aux Belles Lettres. On se souvient ainsi avec tendresse des génériques haut en couleur qui ont bercé notre enfance et nous racontaient les aventures de la Princesse Sara, de Tom Sawyer ou encore de Rémi Sans-Famille.
Aujourd’hui, alors que le manga est un genre qui séduit de plus en plus, l’idée d’adapter sous cette forme les classiques, n’est pas si saugrenue que ça !

Les classiques en manga : une aventure récente.

soleil-mangaLes classiques mangas de chez Soleil Manga.

Lancée le 9 octobre 2014, la collection « Les Classiques en Manga » de l’éditeur jeunesse Nobi Nobi s’est fait rapidement remarquer. Leur idée de publier des mangas japonais qui adaptaient les grands classiques de la littérature jeunesse a ainsi séduit l’ensemble du monde du livre.

Ce concept, Nobi Nobi reconnaît ne pas l’avoir inventé. Quelques années auparavant, en 2011, Les éditions Soleil Manga se sont ainsi lancées le même défi de dépoussiérer nos classiques en les adaptant en mangas.
On a ainsi vu apparaître dans les rayons des librairies et des bibliothèques, les adaptations de classiques aussi complexes et denses que Le Capital de Karl Marx, La Bible, A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, Guerre et Paix de Tolstoï, Les Misérables de Victor Hugo ou encore Le Rouge et le noir de Stendhal.

classique-manga1L’idée était déjà intéressant et séduisante mais mettre ces mangas entre les mains de collégiens était un brin compliqué. Nobi Nobi, est passé outre cette difficulté en choisissant de ne publier que des mangas adaptés de la littérature classique jeunesse. Depuis, il semble que la maison d’édition est fait des émules car chez Kurokawa, autre éditeur célèbre de mangas, on s’est aussi lancé début 2015 dans la publication d’une adaptation de Les Misérables.

Outre atlantique, le concept séduit aussi. Début 2015, au Canada, Udon Entertainement et leur partenaire Hongkongais Morpheus Studios, ont annoncé les adaptations mangas, eux aussi, de grands classiques tels que Les Misérables de Victor Hugo, Orgueils et préjugés et Emma de Jane Austen ou encore De grandes espérances de Charles Dickens.

Les classiques en manga : un concept qui séduit tout le monde.

Faire lire les classiques aux jeunes est un défi de chaque instant. En tant que professeur-documentaliste, je suis bien placée pour constater que leur lecture relève d’un véritable combat quotidien et en même temps, je sais que ce sont des œuvres qui n’attirent pas d’emblée. Ce n’est pas récent, ça paraît démodé, dépassé, compliqué et pour les « vieux ». Je sais ce que nos adolescents pensent de ces romans qu’on finit parfois par lire adulte, je le sais parce qu’ado, j’étais exactement comme eux !

classique-manga2Alors évidemment, lorsque des éditeurs comme Nobi Nobi utilise un genre à la mode pour séduire les adolescents, il n’y a pas qu’eux à être conquis. Reprenant les codes du manga japonais avec efficacité, ces adaptations plaisent tout à la fois aux enfants – qui ont le sentiment de retrouver dans Les Trois Mousquetaires de chez Nobi-Nobi, un tome de Naruto – et les parents qui pour une fois sont ravis de voir leurs enfants lire des mangas, car ce sont aussi des classiques !

Les prescripteurs du livres comme les professeurs de français, les professeurs-documentalistes, les bibliothécaires et les libraires sont eux aussi séduits par ces collections qui rassurent les parents et proposent aussi aux enfants de vraies histoires  aux contenus intemporels… Aventures, romances, drames, fresques historiques sont ainsi au cœur de ces mangas où les pirates, les princesses, les enfants des rues, les amoureux, s’épanouissent.

Les classiques en manga : une vocation pédagogique.

Les bandes-dessinées et les mangas attirent de plus en plus les jeunes. Adapter les classiques de la littérature sous cette forme constitue un matériel éducatif intéressant pour les élèves, les professeurs, mais aussi les bibliothèques et CDI.
Il faut dire qu' »il est parfois difficile pour les jeunes d’aujourd’hui, qui sont des lecteurs « visuels », de se retrouver confrontés à des textes denses et compliqués, alors qu’ils traitent d’aventure, d’amour et de drames » explique la directrice marketing de Udon Entertainment dans une interview.
De ce fait, on ne compte plus les professeurs de français qui se servent de la bande-dessinée pour amener leurs élèves à découvrir les histoires intemporelles des classiques de la littérature. Nul doute que le manga viendra compléter les cours de ces enseignants toujours attentifs à ces stratagèmes pour faire lire les classiques à leurs élèves.

Chez Nobi Nobi, on est aussi très à l’écoute et on a bien compris que le manga devait servir de tremplin vers la lecture de l’œuvre d’origine. Chaque roman étant adapté en un seul et unique volume, de 200 à 300 pages, il a fallu faire des choix qui entraînent forcément un amoindrissement du texte original. Si les éléments principaux du roman et les moments clefs de l’intrigue sont repris, une certaine liberté est aussi prise avec l’histoire pour amener plus de rythme et garder une action cohérente après toutes les coupes.
C’est pourquoi, l’éditeur, en fin de volume  replace l’œuvre et son auteur dans son contexte, tendant une perche vers un lecteur qui aura peut-être envie de découvrir le roman derrière le manga…

Pour ou contre les classiques en manga : un dilemme pas si cornélien.

classique-manga3Les puristes trouveront sans doute que c’est une littérature au rabais et qu’il est scandaleux de transformer ainsi des chefs d’œuvre de la littérature. On concèdera en effet que l’adaptation entraîne automatiquement une dénaturation de l’œuvre d’origine et  que le lecteur passe à côté d’une partie du texte. On comprendra les réticences de certains puisque, l’essence même du classique, chefs d’œuvre de par la langue, est dans ce cadre complètement annulé. Enfin, on essaiera de ne pas entendre ceux qui diront ( à tord ou à raison), que ces adaptations mangas, plus faciles à lire, peuvent amener les lecteurs à ne se contenter que de la version manga et à ne jamais ouvrir l’original.

Mais il ne faut pas voir le verre à moitié vide, mais plutôt à moitié plein. N’oublions pas ainsi que ces adaptations sont aussi un moyen de vulgariser les grands classiques pour les rendre plus accessible à un public moins habitué. Si en effet, l’ensemble de l’histoire n’est pas contenue dans le manga, au moins le lecteur ne sera-t-il pas découragé par l’épaisseur du livre et pourra, en outre, découvrir les points les plus importants de l’œuvre. Enfin, ces adaptations facilement l’accès à des textes compliqués voire méconnus, remettant au goût du jour ces classiques incontournables. A ce titre, je pense qu’il vaut mieux avoir lu une adaptation manga d’un classique que n’avoir pas lu le classique du tout. Au moins aura t-on une idée sur le contenu de Les Misérables, Tom Sawyer ou Sherlock Holmes en lisant ces mangas. Ce qui est toujours mieux que rien !

ligne-separation

L’adaptation manga de classiques de la littérature est un pari un peu fou mais qui ne manque pas de bon sens. En s’adaptant aux goûts actuels et en choisissant une forme d’expression particulièrement à la mode chez les jeunes, les éditeurs de mangas ont réussi à remettre les adolescents aux classiques de manière détournée. J’en veux pour preuve la manière dont ces mangas ont été empruntés dans mon CDI, à peine quelques minutes après leur rangement. Il faut dire que les couvertures aux couleurs chatoyantes attirent l’oeil, les codes du manga sont là et les histoires, intemporelles, séduisent. Une idée à épuiser sans modération !

ligne-separation

LA PETITE SÉLECTION DE LIRADO

        1. Les Trois Mousquetaires de Russkey d’après Alexandre Dumas

C’est sans doute l’un des plus longs classiques de la littérature française. L’un des plus marquants aussi. Qui ne se souvient pas de ces mousquetaires unis qui criaient fièrement « Un pour tous, tous pour un !« . Les Trois mousquetaires qui étaient en faite quatre… Ce manga d’aventure très dynamique et à l’action intense, signé Russkey reprend les points clés de cette longue histoire et respecte avec fidélité les personnages charismatiques imaginés par Alexandre Dumas. Un manga de cape et d’épée qui fait un véritable pied de nez à Naruto et compagnie!

trois-mousquetaires        2. Roméo et Juliette de Megumi Isawaka d’après William Shakespeare

C’est la plus belle et la plus tragique histoire d’amour écrite et elle n’en finit pas de connaître des réécritures variées et dans tous les genres. A ce titre, une adaptation en manga est assez limpide. Le trait fin de Megumi Isawaka retranscrit avec fidélité les sentiments de pureté, d’innocence et de candeur de nos deux amoureux jusque dans la mort. Le texte de William Shakespeare est reprit dans son intégralité, dans un langage plus simple certes, mais qui conserve la puissance de l’amour entre Roméo et Juliette.

romeo-juliette-manga        3. La Petite Princesse Sara de Azuki Nunobukuro d’après Frances Hodgson Burnett

Déjà adapté sous forme de bandes-dessinées et de dessins animés, le roman La Petite Princesse Sara de France Hodgson Burnett est un classique de la littérature jeunesse. Rappelant par certains aspects le conte de Cendrillon, La Petite Princesse Sara raconte le destin d’une jeune fille riche qui à la mort de son père deviendra femme de chambre au service d’une directrice d’école peut scrupuleuse, jusqu’à ce que sa vie bascule à nouveau…
Le manga est fidèle au roman d’origine et même si le format oblige à couper certains passages, le scénario reste bien ficelé. Le dessin au trait très expressif et doux séduira les jeunes lectrices.

princesse-sara        4. Le Requiem du roi des roses de Aya Kanno d’après William Sharkespeare

Richard III est un personnage emblématique de l’histoire d’Angleterre. Ayant usurpé le pouvoir à la mort de son frère au détriment de ses neveux Édouard V et Richard de Shrewsbury, Richard III est connu pour être un tyran machiavélique et monstrueux, coupable d’infanticide. William Shakespeare renforça lui-même cette image dans sa pièce de théâtre qui porte son nom.
Le Requiem du roi des roses est un manga sombre qui part d’un postulat de base étonnant : Richard III est né hermaphrodite. De ce fait, le cours de l’Histoire est bouleversée. Moins fidèle à la pièce de Shakespeare que d’autres classiques adaptés en manga, Le Requiem du roi des roses offre néanmoins une histoire terrible, passionnante et très psychologique.

requiem-roi-roses        5. Les Misérables de Takahiro Arai d’après Victor Hugo

En manga, ils existent déjà plusieurs versions de Les Misérables de Victor Hugo, écrit en 1862. L’histoire de Cosette et de Jean Valjean est sans aucun doute le plus célèbre roman de l’auteur. Cette histoire a vu défiler bien des adaptations et notamment deux adaptations animées japonaises, dont l’une datant de 2013. Les éditions Kurokawa se sont lancés le défi d’adapter en une série de mangas ce livre de plus de 1000 pages. Le dessin de Takahiro Arai nous plonge avec justesse dans l’ambiance de l’époque et les visages, expressifs, donnent vie à ces personnages emblématiques et leur histoire si fascinante et touchante.

miserablesligne-separation

Sources :

1) Les Grands classiques adaptés en manga. [en ligne]. DigiSchool, 13/04/2013. Consulté le 29/04/2015. Disponible sur : http://www.digischool.fr/a-la-une/grands-classiques-adaptes-mangas-14418.php

2) SARRAZIN, Sylvain. Quand la littérature se fait manga. [en ligne]. La Presse +. Consulté le 29/04/2015. Disponible sur : http://plus.lapresse.ca/screens/40977cbc-539b-455c-9f50-7d44ac1c606a%257C_0

3) CHOUVELON, Clémence. Nobi nobi ! : le plaisir de lire un classique, avec une adaptation en manga.[en ligne]. Actualitté, 25/03/2015. Consulté le 29/04/2015. Disponible sur : https://www.actualitte.com/univers-manga/nobi-nobi-le-plaisir-de-lire-un-classique-avec-une-adaptation-en-manga-55969.htm

4) CHOUVELON, Clémence.Une collection de mangas pour redécouvrir les classiques de la littérature.[en ligne]. Actualitté, 05/03/2015. Consulté le 29/04/2015. Disponible sur : https://www.actualitte.com/univers-manga/une-collection-de-mangas-pour-redecouvrir-les-classiques-de-la-litterature-55603.htm

Pour marque-pages : Permaliens.

Un Commentaire

  1. 🙄 mais cela ne se lit pas comme un manga, en tournant les pages de gauche à droite, dommage car pour les élèves ce ne sont pas de vrais mangas

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *