Le Petit Prince au cinéma : une adaptation à haut risque.

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Si l’industrie du cinéma est toujours en proie à adapter les best-sellers littéraires, il y en avait un que, d’avis d’experts, il n’était pas facile de (bien) adapter. Ce livre à l’adaptation impossible c’est Le Petit Prince d’Antoine de Saint Exupéry. Le film de l’américain Mark Osborne, a été présenté tour à tour comme un échec ou comme une vraie réussite. Lirado a voulu vérifier ce qu’il en était.

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petit-prince4La première projection du film d’animation Le Petit Prince s’est tenue au festival de Cannes 2015. Pour le commun des spectateurs, il aura fallu attendre le 29 juillet pour pouvoir le découvrir. Son réalisateur, Mark Osborne est peut-être américain, il n’en demeure pas moins que les deux auteurs (et producteurs) du projet de ce film sont eux, bien français. Il s’agit de Dimitri Rassam et Aton Soumache. Ce ne sont pas les premiers à se lancer dans le défi un peu fou d’adapter au cinéma le roman de Saint-Exupéry, mais c’est en eux que les attentes sont les plus grandes.

Il faut dire que la réalisation de cette œuvre au faux air des dessins animés Pixar aura demandé des années de patience car elle présentait de nombreuses difficultés. La première d’entre elle consistait à allier l’esprit des dessins animés qui plaisent aujourd’hui aux enfants – et donc donner du rythme et du contenu à une histoire qui n’en a pas forcément d’emblée – tout en conservant l’esprit poétique et la délicatesse de l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry.
Il a aussi fallu obtenir les droits d’adaptation auprès de la famille, réunir les moyens nécessaires à la réalisation du projet ( 60 millions d’euros au total ) et bien sûr, trouver le réalisateur qui accepterait de faire le film. Un travail de longue haleine qui aura mis plus de neuf ans à voir le jour tant on juge l’adaptation du Petit Prince difficile.

«Quand on m’a proposé ce projet la première fois, j’ai refusé car il me semblait impossible d’adapter un livre aussi iconique. Il y a autant d’interprétations que de lecteurs, ce qui complique la tâche. » Mark Osborne, au journal Metro

Comment donc adapter cette œuvre aux milles interprétations possibles ? Le choix a vite été pris d’une mise en abîme du roman de Saint-Exupéry. Ainsi, le film raconte comment une petite fille sérieuse, studieuse et à la vie bien réglée minute par minute par sa mère, croise la route d’un aviateur loufoque et fantasque, qui lui raconte l’étonnante histoire de sa rencontre avec le petit prince…

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« Il ne fallait pas faire une adaptation classique mais raconter justement le sentiment que l’on peut avoir à la lecture. C’est comme ça qu’est née l’histoire de la petite fille qui se dessine en parallèle de celle du Petit Prince » Mark Osborne, au journal Metro

Le réalisateur a donc fait le choix de ne pas simplement transposer le livre en film, mais de raconter aussi l’effet que cette œuvre peut avoir sur les gens, sur leur vie et comment elle change notre regard sur le monde. L’expérience vécue par la jeune héroïne tout au long de cette incroyable aventure se veut comme une représentation de tous ces enfants amenés à lire Le Petit Prince. S’écartant des règles fixées par sa mère, oubliant son quotidien étroit et sans saveur, la petite fille sérieuse va découvrir ce que signifie les mots risque, aventure et vivre. On reconnaît bien là la philosophie et la métaphore qui se cache derrière le roman de Saint Exupéry.
Ainsi, si le Petit prince n’est pas le personnage principal de ce film qui porte son nom, il n’en ai pas moins un protagoniste secondaire et essentiel qui délivre avec justesse, tendresse et sensibilité, les messages de Saint-Exupéry dans son oeuvre.

Outre ce traitement original et personnel de Le Petit Prince, la mise en abîme permet à Mark Osborne de faire ressortir les contrastes entre les deux univers qui « s’affrontent »ici. D’un côté le monde grisâtre, uniforme, monotone et prévisible de la gamine et de sa mère, de l’autre l’univers coloré, alambiqué, farfelu et désordonné de l’aviateur. Lorsque ces deux mondes se rencontrent et s’entrechoquent, on assiste à des passages drôles, savoureux mais aussi d’une grande tendresse.

Côté choix esthétiques, Mark Osborne a fait un pari audacieux. Mélanger la 3D et la stop motion. Si la 3D est familière pour les enfants et leur permet de pénétrer au cœur même de ce film d’animation, c’est la technique du stop motion (image par image) qui donne au Petit Prince toute sa chaleur, sa beauté et sa poésie. Les quelques images dévoilant le monde en papier du Petit Prince sont d’une beauté saisissante et délivre de belles émotions.

« On assume complètement l’idée de vouloir se hisser dans le standard des studios américains. Nos références, c’étaient des films comme Là-haut, Wall-E… les grands Miyazaki et les grands Dreamworks aussi. » Dimitri Rassam dans Le Point

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On regrettera cependant que sur les 106 minutes que dure ce film, seules seize minutes soient tournées selon cette technique du stop motion. C’est un peu juste d’autant plus que ce sont ces seize minutes là seulement qui reprennent vraiment la trame du livre de Saint-Exupéry. Ce qui ne m’a pas semblé suffisant.

« Mon but est de donner envie de relire Saint-Exupéry. Si mon film pouvait permettre à des familles entière de le redécouvrir, ce serait merveilleux car il s’agit d’une merveilleuse histoire d’amour dont on découvre toutes les subtilités en avançant en âge. On n’en a pas la même compréhension à 6 ans qu’en étant adulte. » Mark Osborne dans 20 minutes

Il est vrai que Mark Osborne avec son Petit Prince nous offre un regard nouveau sur le roman et conduira sûrement des enfants à lire cette œuvre majeure de la littérature française. Le réalisateur a fait des choix risqués mais assumés et l’ensemble est prenant et touchant.
Mais si j’ai apprécié la plus grande partie du film et été surprise par l’intérêt que j’éprouvais pour un film où je pensais avoir sérieusement dépassée l’âge, les choix adoptés pour la dernière demie-heure me laissent dubitative. Une fois que l’aviateur a terminé son histoire du Petit Prince, le film prend une nouvelle direction, très surprenante et inattendue… mais surtout qui sonne très film d’animation américain. En effet, Mark Osborne invite le spectateur à imaginer ce que deviendraient ces personnages dans le monde réel, et là, toute la magie du texte de Saint-Exupéry et même du film, disparaît. On oublie totalement l’œuvre et c’est vraiment dommage.

petit-prince3En conclusion, Mark Osborne offre au public une totale redécouverte du livre et le choix de la mise en abime du livre de Saint-Exupéry à travers le regard que lui porte une petite fille qui le découvre, est vraiment pertinent. Côté esthétique, Le Petit Prince jongle entre une 3D traditionnelle et la technique magnifique du stop motion, malheureusement pas assez exploitée. Le film est prenant et les personnages sont drôles et attachants. On est émerveillé et bluffé au départ par le magnifique jeu de jonglage entre l’univers de Saint-Exupéry et celui imaginé par Mark Osborne. Cependant, le film ne tient pas ses promesses jusqu’au bout avec une dernière demie-heure déstabilisante et inattendue, qui ne m’a personnellement pas convaincue.

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