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Interview
: Caroline Terrée

Lirado : Quand
êtes-vous née ?
Caroline Terrée :
Je suis née à Toulouse, le 11 février
1968 - mais j'habite à Belfast, en Irlande du
Nord, depuis l'âge de 20 ans.
Lirado : Quelles
études avez-vous fait ?
Caroline Terrée :
J'ai fait des études de Lettres Modernes après
une Première scientifique, un Bac B (ES aujourd'hui)
et une année de prépa Lettres Sup' ! Pour
compliquer encore plus les choses, j'ai fait toutes mes
études supérieures alors que j'habitais
et que je travaillais à l'étranger, en revenant
à chaque fin d'année en France pour les
sessions d'examen.
Lirado : Quand
avez-vous été publiée pour la première
fois ?
Caroline Terrée :
Première nouvelle : "L'attente fragmentée"
(Prix du Jeune Écrivain - Éditions Milan,
1986)
Premier roman presse : "Le mystère du Nautilus"
(Les Aventuriers - Milan Presse, 1999)
Premier roman édition : "Délit de fuite"
(Collection Comète - Éditions Nathan, 2002)
J'écris aussi beaucoup de non-fiction : livres
scolaires, articles, interviews, concepts multimédia
et produits éducatifs.
Lirado : Pourquoi
aimez-vous écrire ? Quelles expériences
cela vous apporte-t-il ?
Caroline Terrée :
Tellement de choses ! Mais au fond, je pense que j'écris
parce que cela me permet de partager ma vision du monde
avec d'autres personnes, de donner un sens supplémentaire
aux choses que je vis... J'adore l'idée de pouvoir
faire rire quelqu'un, le faire pleurer, le faire réfléchir...
Transmettre des images et des sentiments avec des mots...
Et je ressens un réel plaisir quand une phrase
sonne comme il faut, quand des éléments
d'histoires s'enclenchent soudain pour former un tout.
Lirado : Pour
la série CSU,
où trouvez-vous les idées ?
Caroline Terrée :
CSU est
né de la combinaison de trois principaux éléments.
Un lieu : la ville de Vancouver et sa région, dans
lesquelles j'ai passé plusieurs mois au cours des
dernières années. Un endroit qui me fascine
et qui offrait un décor idéal pour le genre
d'histoires que je voulais raconter.
Une obsession personnelle : vouloir montrer à travers
ce que j'écris les conséquences humaines
de la violence, quelque chose auquel j'ai été
exposée en habitant à Belfast, et plus particulièrement
sur la durée - d'où le format de série.
Enfin, je voulais également créer un personnage
principal complexe et "positif". À la
fois efficace dans son métier et capable de faire
preuve d'empathie et de compassion,
Quant aux idées à proprement parler, elles
viennent de choses que j'ai vécu, de détails
que j'ai observés au fil des années, et
de tonnes et de tonnes de recherches !

Lirado
: Combien de tomes comptez-vous faire pour la série
CSU ?
Caroline Terrée :À
ce stade : douze.
Lirado : Aimeriez-vous
que la série soit adaptée en série
télévisée ?
Caroline Terrée :
Oui ! C'est d'ailleurs ainsi que les choses ont commencé
! Dès le départ, je voulais créer
un concept qui pouvait aussi bien passer par écrit
que sur un écran. Mélanger l'aspect visuel
d'une série télévisée, et
le côté intime d'un livre écrit à
la première personne.
De fait, je dessine le décor et l'action de chaque
scène avant de les écrire - sous forme de
petits croquis genre story-boards (que je serai jamais
la seule à pouvoir déchiffrer !!)... Et
je ne suis entièrement satisfaite que si je peux
pleinement visualiser ce qu'une scène donnerait
cadrée dans un rectangle ! J'ai ainsi des plans
de la maison de Kate, des idées bien précises
sur la façon dont certaines scènes pourraient
être filmées et des pages et des pages de
petits dessins pour représenter les séquences
clés de chaque tome.
Lirado : Pourriez-vous
établir un classement de préférence
pour chaque tome de CSU
?
Caroline Terrée :
C'est très difficile... À la fois parce
qu'ils ont chacun une identité très forte
pour moi, et parce que je les ai écrits à
des périodes et dans des conditions très
différentes.
À ce jour, le tome le plus difficile à écrire
a été sans conteste "Le Phénix".
Les thèmes abordés m'étaient à
la fois très personnels, et très sombres.
"Portée disparue" était à
la fois une expérience magique (créer un
univers et des personnages amenés à durer)
et délicate (arriver à présenter
lesdits univers et personnages, sans trop ralentir le
rythme de l'enquête !).
"Le Dragon rouge" était un peu comme
une longue séquence de course poursuite à
traduire par écrit : beaucoup d'action, beaucoup
de violence physique.
Quant à "Mort blanche", il s'agit probablement
de l'histoire dont je suis la plus "satisfaite"
à ce jour. Je voulais mettre en scène un
dilemme éthique qui combinait prises de positions
théoriques et charge émotionnelle forte
- et le résultat final est très proche de
celui que j'espérais atteindre.
Lirado : Dans
CSU on a l'impression
que vous maîtrisez bien le domaine de la police,
comment avez-vous fait pour que les histoires rendent
plus
vraies ?
Caroline Terrée :
Des recherches... Des recherches... Et encore des recherches
! Sérieusement, je lis des centaines et des centaines
de documents avant d'écrire chaque histoire.
Comme je suis bilingue français/anglais, j'ai la
chance de pouvoir trouver à peu près tout
ce dont j'ai besoin sur Internet - dans une langue ou
l'autre (ou, pour être tout à fait exacte
: 99% en anglais, et 1% en français !). Et, étant
de nature très très curieuse... je finis
toujours complètement passionnée par les
thèmes que je choisis pour chaque histoire !
Lirado : Combien
de temps mettez-vous pour écrire un livre ?
Caroline Terrée :
Environ 2/3 mois pour établir et faire fonctionner
tous les éléments d'une intrigue. Pareil
pour écrire le livre à proprement parler.
Auxquels il faut ajouter pas mal de temps passé
à m'assurer que les éléments de la
série qui "suivent", fonctionnent eux
aussi en parallèle.
Lirado : Y
a-t-il quelqu'un dans votre famille qui travaille, ou
travaillait, dans le domaine des livres ?
Caroline Terrée :
Non, absolument aucun ! Je suis le véritable mouton
noir de ma famille ! J'ai grandi entourée de gens
passionnés par la technologie et les sciences,
dont la grande majorité travaillait dans le domaine
de l'aéronautique. Heureusement, ma mère
travaille aujourd'hui de façon bénévole
dans une bibliothèque. Ce qui redresse un peu la
balance !
Lirado : Aviez-vous
de bonnes notes en rédaction ?
Caroline Terrée :
Oui. Le Français était une de mes matières
préférées, avec l'Histoire-Géo.

Lirado : Que
pensez-vous des romans policiers en général
?
Caroline Terrée :
Pour être honnête, c'est un genre que je n'apprécie
que moyennement. J'aime un type de fiction bien particulier,
qui est malheureusement de plus en plus difficile à
trouver : des histoires basées sur des personnages,
si possible complexes, avec de grands thèmes en
arrière-plan, et un style aussi visuel que possible.
J'ai aussi parfois du mal à accrocher quand un
polar est trop glauque, ou volontairement une caricature
du genre (flics véreux, héros qui boit,
etc.). J'adore par contre des séries télévisées
comme "Law & Order : Special Victims Units"
("New York Unité Spéciale" en
VF), qui arrivent à combiner dilemmes éthiques
et personnages qui se comportent à la fois de façon
détachée/professionnelle, tout en étant
capables de réagir de façon personnelle/émotionnelle.
Lirado : Quels
sont les auteurs ou livres que vous préférez
?
Caroline Terrée :
Quand j'ai quitté la France, je n'ai emporté
avec moi qu'une dizaine de livres en français qui
m'avaient marquée à l 'adolescence : trois
romans (Camus), quatre recueils de poèmes (René
Char et Paul Eluard) et trois récits de voyage
(Nicolas Bouvier).
Depuis, les livres qui m'ont laissé un fort souvenir
sont des ouvrages de non-fiction : "Tragédie
à l'Everest" de Jon Krakauer, "L'Art
du bonheur" du Dalaï-Lama et "Puissance
du mythe", un recueil d'entretiens entre Joseph Campbell
et Bill Moyers - probablement le livre que j'emporterais
sur une île déserte, si j'avais à
y passer plusieurs mois !
Lirado : Avez-vous des conseils
pour l'écriture d'un livre ?
Caroline Terrée : Ce ne
sont pas à proprement parler de "conseils", mais
plutôt des choses qui m'ont guidée dans ma vie personnelle,
et aidée dans mon travail d'écriture...
Vivre à 100% dans le moment... Observer, écouter...
Être attentif aux gens et aux choses qui nous entourent...
Je crois beaucoup à la "théorie des petits points",
c'est-à-dire à la somme incroyable de choses que contient
une journée, même des plus banales. Je pense que c'est
grâce à cette toile d'araignée d'éléments
- à la fois importants ou en apparence insignifiants - que
l'on peut arriver à développer sa créativité
ainsi que son degré d'empathie.
Quant à l'écriture à proprement parler, deux
"conseils" m'ont souvent aidée au fil des pages.
"Less is more" - ou, version de Nicolas Bouvier : "Un
pas vers le moins est un pas vers le mieux". Et "Kill your
babies !" (littéralement traduit : "Tuez vos bébés
!"), c'est-à-dire que si une scène, une situation
ouun personnage ne fonctionne pas aussi bien que vous le souhaitiez,
il ne faut pas hésiter à le transformer, ou à
carrément le faire disparaître ! Et ce, même si
vous vous y êtes très attaché !
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