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Interview : Stéphane Daniel
Si par hasard c'était l'amour & L'Amour frappe toujours deux fois
Réalisée en Août 2010

Lirado : Comment avez-vous créer le personnage de Gaspard ?

Stéphane Daniel : Sans aucun effort. De tous mes personnages, c'est sans doute celui qui s'est le plus naturellement imposé. A croire qu'il attendait son heure depuis longtemps, tapi derrière les autres. Dès que j'ai eu le prénom, et il est arrivé dans les premières lignes écrites, je le tenais. Et je ne le lâcherai pas. J'ai écrit une sorte de pilote de Gaspard (je l'ignorais à ce moment-là) qui prend la forme d'une nouvelle intitulée "Piensa en mi" dans le recueil collectif "Parle-moi d'amour" publié chez Rageot en 2004.

Lirado : Auriez-vous aimé ressembler à Gaspard (mais peut-être est-ce un souvenir de vous même...) ? et quel côté vous plait-il chez lui, que vous n'avez pas...?

Stéphane Daniel : Oui, mille fois oui, j'aurais aimé lui ressembler. Lui et moi avons sans doute des points communs mais parce que, me semble-t-il, il est bien dans sa peau, c'est un garçon qui ose, sans trop se soucier des réactions ou des sentiments qu'il inspirera. Je lui envie ça, aujourd'hui encore.

Lirado : Vous prenez l'amour avec beaucoup d'humour et de simplicité, pensez-vous que c'est ainsi que les adolescents devraient l'envisager plutôt que de façon parfois trop sérieuse ?

Stéphane Daniel : A l'âge de Gaspard, j'ai abordé l'amour avec un sens du drame voire de la tragédie très poussé. Mes premiers élans ont baigné dans d'interminables plages de souffrances, en grande partie parce qu'aimer s'accompagnait le plus souvent de l'expression "à sens unique". Heureusement, le sorcier vaudou a fini par arrêter de planter ses aiguilles dans la poupée à mon image, et j'ai vécu des bonheurs intenses. Je ne me demande pas comment les adolescents devraient aborder l'amour car je sais depuis longtemps que chacun fait comme il peut avec ce qu'il est. Ce qui rend les choses simples, c'est de vivre un amour partagé. Avec Gaspard, j'ai tout de même fait un choix, celui de de raconter une histoire d'humour, si possible sa plus belle histoire d'humour et de préférer les éclats de rire aux éclats de pire. J'ai eu pour ambition de rendre les lecteurs heureux, le temps d'une lecture, et si le drame est présent, je ne lui ai pas réservé le premier rôle.


Lirado : Si par hasard c'était l'amour est d'abord paru sous le nom de Gaspard in love, en 2007, et n'avait pas de suite, avez-vous écrit L'Amour frappe toujours deux fois suite au succès de Gaspard in love ou envisagiez vous dés le départ une suite ?

Stéphane Daniel : Gaspard in love n'a pas connu les ventes espérées, mais un fort succès d'estime auprès de lecteurs enthousiastes. Au sein de la collection Métis, il n'a pas trouvé son lectorat. Mais ces retours inconditionnels (je remercie encore tous ceux qui me les ont transmis parce qu'ils ne savent pas à quel point ils m'ont fait plaisir) alliés à mon envie féroce de retrouver le personnage ont débouché sur une suite. Rageot est alors entré en scène pour me proposer de redonner une vraie chance à Gaspard en lui offrant, pour le premier titre, une nouvelle couverture avec un nouveau format, et aux deux une publication rapprochée. Je les bénis. Nous en sommes là.

Lirado : D'ailleurs, vous dîtes que c'est une "trilogie en deux tomes" mais peut-on espérer retrouver Gaspard dans un troisième opus ?

Stéphane Daniel : Je suis le premier à le souhaiter, mais tout va dépendre de l'accueil réservé aux deux premiers; Si le succès est au rendez-vous, il y aura d'autres tomes avec Gaspard.

Lirado : Vous traitez l'amour, c'est un thème assez courant chez les ados, mais on peut dire que vous ne l'aborder pas comme les autres auteurs, que pensez-vous en général des romans sur le sujet à destination des ados ?

Stéphane Daniel : J'en lis beaucoup et j'en aime beaucoup. Seulement, on doit bien reconnaître que dans l'ensemble, la tonalité général est plutôt morose, pour ne pas dire déprimante. Beaucoup semblent conçus comme des pansements à poser sur des problèmes. La gravité des sujets abordés laisse peu de place à la fantaisie, la légèreté. C'est au contraire l'option que j'ai prise. Mais c'est un risque, car en littérature, on ne prend souvent pas les comiques au sérieux. Je le regrette. J'espère, dans les Gaspard, avoir créé des personnages qu'on a envie de rencontrer quand le livre se referme.

Lirado : Auriez-vous aimer vivre les mêmes péripéties que Gaspard, notamment : tomber en panne en rase campagne et vivre des vacances à Folindrey ?

Stéphane Daniel : Fonlindrey s'inspire d'un village de Bourgogne que je connais bien. Et j'ai déjà vécu des situations similaires. Je m'en suis parfois servi pour composer le roman.

Lirado : Gaspard Corbin à la langue bien pendue et son ton est souvent ironique, parvenez-vous à trouver tout de suite LES répliques qui font mouche et feront rire le lecteur ou est-ce difficile de faire de l'humour ?

Stéphane Daniel : Il y a plusieurs sortes d'humour et nous ne sommes pas tous sensibles aux mêmes. L'ironie, qui règne en maître dans les Gaspard, je la pratique au quotidien avec mes amis de toujours. Je subis donc un entraînement permanent en prévision des Jeux Olympiques s'ils devaient se dérouler un jour. Je dirais que c'est mon registre naturel, et l'effort consiste pour moi à alléger la barque plutôt qu'à la charger. Mon éditrice m'est une aide précieuse dans cette opération. Alors non, ce n'est pas difficile pour moi d'écrire ces livres, au contraire, je prends un plaisir fou. Une seule angoisse l'accompagne : ces répliques feront-elles mouche ? comme vous dites. Car je ne suis pas à côté des lecteurs pour noter leurs réactions. Mais quand on me dit qu'on a eu des crises de rire à tel ou tel passage, je suis le plus heureux des auteurs.

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