Lirado : Pourquoi
avoir souhaité parler des "malgré
nous" ?
Dorothée Piatek :
Il y a 3 ans, quelqu'un est arrivé chez moi en
me disant qu'il avait quelque chose d'important à
me raconter.
C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai écouté
l'histoire de cet homme ou plutôt l'histoire de
son père qui était malgré-nous.
En l'écoutant, j'ai découvert un sujet
dont jamais je n'avais entendu parler dans les livres
d'école de mon enfance.
Je fus d'abord troublée, puis curieuse d'en apprendre
davantage.
Le peu de documents disponibles me surpris. Seules quelques
bibliographies et livres historiques difficiles à
trouver se cachaient au fond des étagères
ou chez de petits éditeurs..(Nous étions
alors en 2003 et le mémorial de Schirmeck dédié
aux Malgré nous n'existait pas encore).
J'ai donc commencé à faire des recherches
et à rencontrer des témoins. Ces personnes
m'ont données envie d'écrire un livre
retraçant leur douloureux parcours. Il me semblait
injuste que ce sujet n'est pas été réellement
abordé depuis 1945.
Lirado : Comment
c' est établi vos recherches ? Combien de temps
cela vous a t-il prit ?
Dorothée Piatek :
Durant 3 années, j'ai contacté des mairies
alsaciennes afin de retrouver des Malgré nous
encore vivants. J'ai retrouvé quelques-uns de
ces témoins avec qui j'ai pu discuter longuement.
Certains se sont beaucoup impliqué et m'ont raconté
leur histoire avec beaucoup de pudeur. J'ai vite senti
que la blessure étant encore grande et que le
sujet ne serait pas facile à traiter.
J'ai effectué des recherches dans les bibliothèques,
les institutions de l'armée... Ce fut un long
parcours semé d'embûches. Il a fallu regrouper
les informations, trier le vrai du faux, écouter
les contradicteurs et comprendre la version de chacun
pour me forger ma propre opinion.
Ce travail de recherche m'a passionné.
Lirado : Pourquoi
avoir choisit d' arrêter le livre lorsque François
Cellier rentre dans l' armée Allemande ?
Dorothée Piatek :
j'ai souhaité arrêter le livre à
la frontière entre le "soutenable"
et l'enfer absolu. Les lecteurs curieux d'en savoir
davantage sur l'enrôlement et les combats sur
le front russe doivent prendre eux-mêmes l'initiative
d'ouvrir des livres d'Histoires qui les mettront face
à une réalité déchirante.
Je ne pouvais décemment pas romancer pour la
jeunesse des combats dans 2 mètres de neige,
dans la faim et la soif, décrire des champs de
gamins morts et expliquer le terrible camp de Tambow.
A la fin de mon livre, quelques pages permettent aux
lecteurs de se faire une idée sur ce qui attendait
les jeunes enrôlés. Il est une mise en
éveil sur une réalité longtemps
étouffée. La période décrite
offre aux lecteurs de comprendre qu'il faut être
vigilant et ne pas fermer les yeux. Elle montre comment
la vie peut basculer du jour au lendemain si l'on ne
prend pas garde, si notre esprit ne reste pas ouvert
et critique.
Lirado : Pour
beaucoup, la seconde guerre mondiale, est un sujet passionnant,
est-ce votre cas ?
Dorothée Piatek :
Passionnant n'est pas le mot. Je trouve cette période
tragique. La passion ne peut à mes yeux se situer
dans les entrailles de la guerre. Seul le devoir de
mémoire est à l'origine de mon détour
par cette période de l'Histoire de France.
La vie mérite que la conscience collective s'éveille
enfin. Je rêve d'un monde plus tolérant
et respectueux .
Les enfants entendent les mots que nous leurs destinons,
ils sont porteurs d'espoir pour demain. Je repose mes
espoirs sur eux.
La Seconde Guerre Mondiale me trouble, m'affecte, je
la vois comme un poison qui a rongé et ronge
encore l'esprit de nombreuses familles. La transmission
du souvenir en sera peut-être le remède...
L'avenir le dira.