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Lirado : Pourquoi avez-vous choisi de parler
de la princesse puis Dauphine, Marie Adélaïde de Savoie
? qu'aimiez vous chez elle ?
Annie Jay : Je lai choisie
à cause de son caractère et de son destin hors du commun :
celui dune jeune fille charmante, destinée à devenir
reine de France. Jaime sa joie de vivre et sa vivacité
desprit. Elle est morte jeune, malheureusement, et elle a traversé
lHistoire comme un feu follet
Et puis, Adélaïde
avait des relations privilégiées avec Louis XIV :
elle se promenait avec le vieux roi quelle faisait rire, elle
grimpait sur ses genoux, tirait sa perruque, lisait son courrier...
ce que personne, jamais, jamais, jamais naurait osé faire à
la Cour !
Certains détracteurs ont dit quelle avait un sens politique
précoce. Elle aurait été poussée par ses
parents à plaire au roi et à espionner pour le compte
de la Savoie
A 11 ans ? Je nen crois rien, même
si Adélaïde na jamais su choisir son camp, entre France
et Savoie.
Elle était dune gentillesse désarmante, et faisait
ce quelle pouvait pour être sage. Hélas, elle ny
parvenait pas, et ses « bêtises » sont restées
célèbres à la Cour !
Lirado : Une petite fiancée à
la Cour, est le premier tome de la série Adélaïde,
princesse espiègle, pensez-vous raconter toute sa vie jusqu'à
sa mort en 1712 ou vous arrêterez-vous avant ? Combien de tomes
sont prévus ?
Annie Jay : Pour linstant,
il nest question que de 2 ou 3 tomes. Je compte aller jusquà
ses 13 ans, c'est-à-dire raconter son mariage, le jour de ses
12 ans, dans le tome 2. Puis, après son mariage, je montrerai
ses premiers pas comme duchesse de Bourgogne, titre qui saccompagnait
de grandes responsabilités, comme tenir lancien « cercle
de la reine », ou recevoir les ambassadeurs étrangers
Que de lourdes charges pour une jeune fille de 12 ans !
A vrai dire, jai toujours rêvé la montrer plus âgée,
vers 15 ou 16 ans, lorsquelle commença à vivre maritalement
avec son époux. Peut être le ferais-je un jour, mais dans
un roman plus dense, dont elle ne serait quun personnage secondaire.
-
Lirado : L'Histoire avec un grand H est aussi
présente que l'histoire, qu'est-ce qui vous a attiré à
écrire surtout des romans historiques plutôt qu'un autre
genre ? Qu'est-ce qui compte le plus pour vous : l'Histoire ou l'histoire
(fiction) ?
Annie Jay : Ecrire est pour moi
un moyen très agréable pour transmettre ma passion de
lHistoire. Je me délecte à chercher ma documentation,
à courir les bibliothèques, à découvrir
les détails qui me manquent. Ce plaisir-là, je ne l'aurais
certes pas en écrivant des romans actuels
Après,
tout est un savant dosage entre « Histoire et histoire »,
et je ne saurais dire laquelle prend le pas sur lautre !
En écrivant des romans historiques, jaime découvrir,
puis faire découvrir à mes lecteurs, des hommes et des
femmes du passé, des destins hors du commun, mais aussi des héros
anonymes, des petits métiers oubliés, des endroits pittoresques
ou mythiques
Ajoutez à cela que je suis passionnément, viscéralement,
et irrémédiablement attachée au château de
Versailles ! J'ai publié à ce jour 10 romans historiques
dont 7 se déroulent à l'époque de Louis XIV. Le
premier, Complot à Versailles, est sorti en 1993. Depuis je n'ai
plus cessé !
Lirado : Adélaïde ne semble pas
être une princesse comme les autres, mais son parcours semble
très similaire à celui de Marie Antoinette un peu plus
tard, faut-il donc percevoir la jeune fille comme une précurseur
du rejet des codes conventionnels pour une reine ?
Annie Jay : Son parcours, effectivement,
semble de prime abord similaire à celui de Marie-Antoinette,
si ce n'est qu'Adélaïde n'a pas régné... Cela
fait déjà une énorme différence !
Marie-Antoinette refusera l'étiquette, alors quAdélaïde
sen jouera habilement toute sa vie sans la refuser (il ne faut
pas oublier qu'elle avait la tenace Mme de Maintenon continuellement
pendue à ses basques, pour la mettre sur « le droit
chemin »...).
Comme Marie-Antoinette avec son Trianon, Adélaïde aura sa
résidence privée, la Ménagerie de Versailles, et
toutes les deux, mal mariées, éprouveront de l'amour pour
un homme de la Cour autre que leur époux.
Cependant, je ne pense pas qu'Adélaïde ait rejeté
les convenances. Princesse d'un petit État, elle a profité
dune jeunesse libre (toute sa vie, elle parlera avec nostalgie
de sa Vigna, cette résidence d'été où elle
a coulé, enfant, des jours heureux ; sa sur Marie-Louise
en fera de même). Certes, la Cour de Savoie était connue
pour sa simplicité, mais létiquette y régnait
aussi. Adélaïde y a reçu une éducation soignée.
Cependant, par goût, aux mondanités, elle préférait
le grand air et la liberté. Elle ne fut jamais attirée,
par exemple, comme le fut Marie-Antoinette, par la mode ou par le jeu
Soixante-dix années séparent Adélaïde de Marie-Antoinette.
Entre ces deux princesses s'en trouveront deux autres : Marie Leczinska
(femme de Louis XV) et Marie-Josèphe de Saxe (mère de
Louis XVI). Toutes deux se conformeront strictement à l'étiquette
et ne feront jamais parler d'elles. Elles ne s'inspireront jamais d'Adélaïde.
Ce n'est donc que soixante-dix ans plus tard qu'arrivera une Marie-Antoinette,
jeune fille des Lumières, qui entendra vivre sans souci des convenances.
Cependant, qui peut dire quels changements Adélaïde aurait
fait subir à la Cour, si elle avait régné ? Son
époux, lui, nenvisageait pas moins que de transformer la
monarchie absolue en monarchie constitutionnelle... Mais, le vent du
changement s'est arrêté brutalement à leur mort,
en 1712 (ils sont décédés tous les deux à
huit jours d'intervalle).

Adélaïde, à 13 ans...
Lirado : Le personnage de Babette a t-il vraiment
existé et les différentes bêtises commises par Adélaïde
sont elles vraies ou fictives ? A partir d'où la fiction l'emporte
sur la réalité ?
Annie Jay : Non, Babette n'a pas
existé, ou tout du moins il y a sûrement eu des Babette
dans la vie d'Adélaïde, dont l'Histoire n'a pas retenu le
nom...
Quant aux bêtises, Adélaïde en fit vraiment beaucoup.
Dans ce roman, seul l'épisode des carpes est (partiellement)
vrai : elle partit pécher avec ses demoiselles, et le roi
a effectivement mangé ses poissons. En revanche, j'ai inventé
la fugue au Labyrinthe, mais cela lui ressemblait tellement...
Vrai aussi la dispute avec Françoise d'Aubigné. Il y en
eut d'ailleurs plusieurs autres au cours des années suivantes
(une fois, elles se sont carrément battues !), ce qui ne
les empêchait pas d'être les meilleures amies du monde.
Vrai, le fait qu'on lui donnait les réponses à Saint-Cyr,
afin de ne pas la dévaloriser aux yeux de ses compagnes
Vrais, son besoin de se dépenser physiquement et son manque de
goût pour les études... Vrai, tout le cérémonial
qui l'entourait... Vrais, ses rapports avec son pieux fiancé
Vraie la façon quil avait de la regarder en coin
Dans ce tome 1, je voulais surtout montrer la solitude et le désenchantement
de cette petite princesse, perdue dans cette austère Cour de
France. Tant d'espoirs pesaient sur ses frêles épaules,
alors qu'elle ne rêvait que de courir et de jouer !
Dans la réalité, elle tenta, l'année de son arrivée,
de se tenir tranquille, ainsi que ses parents le souhaitaient. On loua
fort sa maîtrise d'elle-même, même si elle épuisait
son entourage en partie de colin-maillard et autres jeux ! Elle
pleura en cachette lors du départ de Marquet, sa femme de chambre
savoyarde, mais fit courageusement bonne figure au roi et à « sa
tante ».
Elle ne commença réellement ses « bêtises
» qu'après son mariage, c'est-à-dire à partir
de l'âge de douze ans
Je pourrais ainsi vous raconter comment le duc de Bourgogne larrêta
alors quelle allumait des pétards sous le siège
de la princesse dHarcourt, ou comment elle bombarda de boules
de neige cette même princesse, une nuit, dans son lit
Un
jour, pour se guérir dun mal de ventre, après s'être
goinfrée de sucreries, elle se ficela un couvercle de marmite
chaud sur lestomac
Le couvercle tomba devant lassistance
médusée lorsquon la déshabilla, le soir
Je pourrais aussi vous parler des batailles de farine lorsquelle
faisait de la pâtisserie à la Ménagerie
Ou
de ses escapades en barque ou en traîneau, pour aller voir le
soleil se lever... et bien dautres encore !
Lirado : Vous attachez beaucoup d'importance
à décrire les coutumes et principes de la Cour, au delà
de l'histoire, voyez-vous votre livre comme un moyen d'enseigner sur
la Cour du roi Soleil ?
Annie Jay : Il est vrai que j'aime
dépeindre les coutumes de la Cour au plus proche de la réalité
(ce besoin ne se limite d'ailleurs pas qu'à la Cour). Cependant,
je ne vois aucunement cette « peinture »
comme un moyen d'enseignement... Là n'est pas mon propos ! Je
suis écrivain, et non historienne, ni professeur dHistoire
! Si le décor est historique, je mautorise souvent à enjoliver
sur les faits, pour faire rêver mes lecteurs.
Je pense que le roman historique est un bon support pour se familiariser
avec lHistoire, pour la rendre plus humaine grâce à
ses côtés anecdotiques. Cette familiarisation vient en
complément de lenseignement.
Lirado : Je ne connaissais pas du tout l'histoire
de cette Dauphine, est-ce qu'il a été aisé de trouver
des informations et détails sur Marie Adélaïde de
Savoie, ou avez-vous énormément "broder" autour
de quelques informations ?
Annie Jay : Effectivement, peu
de gens connaissent Marie Adélaïde de Savoie, duchesse de
Bourgogne, puis Dauphine de France. Il n'y a guère que les amoureux
de Versailles, ou ceux du règne de Louis XIV, qui en ont entendu
parler.
Cependant, il ne manque pas d'informations sur elle. De nombreux courtisans
ont tenu des journaux, ou nous ont transmis leurs mémoires. Dans
ces documents, il n'y a pas de jour que l'on parle dAdélaïde.
Enfant chérie de la Cour, elle a été le point de
mire de tous, tout au long de sa courte vie. Sans parler des souvenirs
des dames de Saint-Cyr, témoignages vivants de son enfance !
Nous possédons même la correspondance quAdélaïde
a échangée avec sa sur Marie-Louise, devenue reine
d'Espagne. Et puis, quelques historiens lui ont tout de même consacrés
des ouvrages...
Non, je n'ai pas eu à broder, tout du moins pas beaucoup !
Lire
la critique d'Adélaïde, princesse espiègle : une
petite fiancée à Versailles
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