Interview : Naïma Murail Zimmermann sur Apparitions

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Lirado : Le sujet de la médiumnité est un sujet que je trouve peu fréquent en littérature française pour ados, en tout cas de la manière dont vous l’exploitez, qu’est-ce qui vous a attiré vers ce thème ? Que pensez-vous de ceux qui disent être des médiums ?

Naïma Murail Zimmermann : Le fantastique et moi, c’est une vieille histoire. J’étais très jeune quand j’ai commencé à lire ce genre de livres, et mon père a scellé mon destin en me laissant lui voler un recueil intitulé Vampires – Dracula et les siens quand j’avais dix ans (il s’en repent, croyez-le bien…). Je me souviendrai toute ma vie de l’expression de mon professeur de français, un an plus tard, quand c’est ce livre que j’ai présenté pour la fiche de lecture “libre”. Je crois qu’à l’époque, je n’avais pas vraiment saisi les références à la prostitution et à la drogue contenues dans l’ouvrage…
Mais c’est avec ce recueil que je me suis découvert un amour inconditionnel pour créatures fantastiques en tous genres et je ne m’en suis jamais remise.
En ce qui concerne les médiums, je collectionne les ouvrages anciens qui traitent de tout phénomène paranormal ou extraordinaire. Au moment où l’idée d’Apparitions m’est venue je venais de lire plusieurs livres de spirites du 19ème siècle sur le sujet. La relation que les vivants ont avec les morts est un sujet intéressant. D’abord parce que si peu de gens prétendent avoir déjà rencontré un vampire, beaucoup jurent avoir eu une expérience surnaturelle impliquant un esprit. Je connais moi-même au moins une dizaine de personnes qui sont persuadées avoir déjà vu un fantôme.
Pour être parfaitement honnête, je trouve le sujet fascinant et je lis régulièrement des ouvrages concernant le spiritisme, mais je n’ai jamais rencontré d’authentique médium. Je ne peux pas affirmer que cela n’existe pas, cependant je n’ai jamais rien vu ou lu de concluant. Et après avoir passé près de deux ans avec Peter Klast, je suis presque certaine que c’est tant mieux : la vie d’un médium serait un enfer, non ?

Lirado : Pourquoi avoir fait le choix de situer l’action en Angleterre plutôt que dans un coin aussi reculé qui pourrait exister en France ?

Naïma Murail Zimmermann : Le choix de l’Angleterre a été évident dès que l’idée du roman m’est venue. C’est en grande partie parce que l’action se passe dans un pensionnat de garçons, et que quand on pense à ce genre d’établissement, c’est immédiatement l’image de la “public school” qui vient à l’esprit.
Mais ce n’est pas la seule raison. Même si l’Angleterre est proche de la France par bien des aspects, tout est également différent. Je m’en suis aperçue à mes dépends quand il a fallu que je fasse des recherches sur chaque détail en écrivant Apparitions : la nourriture, les transports, la façon dont fonctionne la police, les jeux d’enfants, l’école… Je ne crois pas que la série aurait eu la même atmosphère si elle avait été située en France.

Lirado : Comment voyez-vous l’évolution du livre, on sait qu’il s’agit d’une trilogie mais Peter nous emmènera t-il au-delà des enquêtes dans son pensionnat ?

Naïma Murail Zimmermann : En réalité, le fait qu’il s’agisse d’une trilogie n’est même pas tout à fait certain. Je songe de plus en plus à faire un quatrième volume – mais c’est un point que mon éditeur et moi discutons encore.
Non, il n’est pas prévu que l’action soit cantonnée au pensionnat. Bien sûr, c’est là que Peter vit la plupart du temps, mais le deuxième tome se passe déjà en grande partie en dehors.


Lirado : Les pouvoirs de Peter vont-ils évoluer et devenir plus menaçants ? 

Naïma Murail Zimmermann : Les pouvoirs de Peter vont graduellement se développer, mais je m’inquiète personnellement beaucoup plus pour Maya.
Oups… Non, je ne dirai rien ! Vous n’aurez qu’à lire les tomes suivants !

Lirado : Whiteborough est une contrée qui reste mystérieuse, y a t-il a penser à un indice pour la suite ou est-ce juste un choix fictionnel : ne pas s’ancrer dans un lieu précis ?

Naïma Murail Zimmermann : Whiteborough existe principalement pour des raisons pratiques. J’avais dès le début décidé de placer St-Gabriel dans le sud de l’Angleterre, mais il se trouvait au départ dans le Somerset. Seulement, divers détails ne me plaisaient pas, notamment au niveau de l’organisation de la police locale. J’ai donc créé le comté de Whiteborough juste à côté, ce qui me laissait plus de liberté. Ce comté, ainsi que tous les villages qu’il contient (Stapeham et Merywether, principalement) sont fictifs, mais il est situé par rapport à des endroits réels. Le deuxième tome se passe par exemple en partie à Londres et à Bridgwater, dont la description est aussi fidèle à la réalité que possible.

Lirado : Peter et Maya sont jumeaux, mettez-vous la capacité de Peter à voir les fantômes en relation avec la perte de sa soeur jumelle ?

Naïma Murail Zimmermann : Est-ce parce que Maya est un fantôme que Peter est devenu médium ou parce que Peter est médium que Maya est un fantôme ? Nous en reparlerons dans les tomes suivants, mais il y a un lien indéniable : elle est en tout cas le premier fantôme qu’il ait jamais vu…

Lirado : Vous mêlez habilement fantastique et polar, qu’est-ce qui vous plaît dans ces deux genres romanesques ?

Naïma Murail Zimmermann : Je suis fascinée par le fantastique depuis très longtemps. Peut-être parce que c’est un genre qui ouvre énormément de possibilités : l’univers fantastique est fondamentalement ancré dans le réel, ce qui donne la possibilité de décrire le monde tel qu’il est, mais aussi d’y ajouter pratiquement n’importe quoi. C’est un genre qui permet de parler de l’humain, du “monstre” et de tout ce qui se trouve entre les deux.
J’aime le policier parce que j’aime être surprise. Je ne cherche jamais à deviner qui est le coupable et quand cela m’arrive par accident, je suis extrêmement déçue… Je suis une fanatique d’Agatha Christie, qui développe toujours de formidables personnages et se concentre largement autant sur les rapports entre eux que sur l’intrigue.
En réalité, je ne cherche pas particulièrement à faire du policier, du fantastique ou quoi que ce soit. Pour moi, ce sont les personnages qui priment. Je raconte avant tout l’histoire de Peter et de Maya Klast.


Lirado : Combien de temps a duré l’écriture, la trilogie a t’elle un plan déjà bien rodé où celui-ci est-il encore flou ?

Naïma Murail Zimmermann : Chez moi, la temps d’écriture ne signifie pas grand-chose. J’écris plutôt vite, mais en conséquence, la durée de la relecture et du travail sur texte “fini” est presque aussi longue que celle de l’écriture en elle-même. Ma rapidité de production dépend beaucoup d’éléments extérieurs (notamment des périodes d’examen à l’université), mais j’écris environ cinq pages par jour. Faites le calcul !
Comme je l’ai dit, il n’est pas encore certain que la trilogie ne sera pas augmentée d’un volume. Cela dépendra probablement de l’accueil que recevra la série. Je n’écris jamais de plan détaillé, en grande partie parce que si je n’avais pas envie de connaître la suite, j’écrirais sans doute beaucoup moins. Néanmoins, je connais déjà les grandes lignes : le deuxième tome marque vraiment un tournant dans l’histoire et je suis moi-même très impatiente de voir comment mes malheureux personnages s’en sortiront par la suite !

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