Interview : Maud Lethielleux sur J’ai 15 ans et je ne l’ai jamais fait

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Lirado : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire un livre qui aborde la sexualité des adolescents ?

Maud Lethielleux : 
Ce que j’aime dans ce sujet c’est la façon dont l’esprit peut être completement préoccupé, de façon irrationnelle. Quand j’étais ado, j’étais très souvent amoureuse et plus rien d’autre comptait. L’obsession, en général, est un sujet qui m’intéresse. Et j’avais envie de m’amuser en écrivant ce texte. Je trouvais que le sujet s’y prêtait, qu’il y avait plein de petits clins d’oeil possibles.

Lirado : Capucine et Martin sont deux personnages qui ne semblent pas avoir beaucoup de choses en commun hormis leur professeur d’histoire, que cherchiez-vous en mettant leur deux histoires en parallèle ?

Maud Lethielleux : 
En fait, quand j’écris, je n’ai pas d’idée précise. Je mets en scène deux personnages que j’accompagne ensuite. J’avais envie qu’ils soient différents l’un de l’autre. Avec une façon particulière d’observer leur entourage et plus particulièrement monsieur Martin, et que finalement une même scène puisse être interprétée de façon complètement différente. Comment, en fonction de leurs désirs, ils vont traiter les informations, interprêter un geste, un regard, un oubli, un baillement….

Lirado : Cherchiez vous à faire de Capucine et Martin les représentants de la génération des adolescents actuels ou les voyez-vous plutôt comme des personnages singuliers ?

Maud Lethielleux : 
Je crois que nous sommes tous singuliers !!! Que nous sommes tous des échantillons d’humanité.
Martin n’a pas de père et vit avec une jeune maman assez désinvolte qui essaie de se reconstruire. Ils ont une relation complice. Martin n’est pas un ado » à problème » bien qu’il soit en échec scolaire. Il est très sensible et découvre dans la musique une façon d’être lui même, de trouver sa place. C’est un ado tranquille, assez détendu et déjà mature.
Capucine est une élève modèle aux yeux des autres, elle est excellente, intelligente, mignonne. Mais elle vit dans un fantasme. Son intelligence et son désir de devenir femme l’isolent des autres.
Leur point commun est peut-être là : Ils sont tous deux très observateurs et cachent leur jeu. Personne ne sait rien d’eux.
Je pense que c’est le cas de beaucoup d’ados. Il y a l’image et derrière elle toute une complexité, des envies inavouées, des désirs, des peurs, une impression de solitude parfois.
Mais tout ça est abordé de façon humoristique et légère.

Lirado : Le titre est assez provocateur par rapport au contenu du livre, ce qui peut d’ailleurs méprendre sur le fond du livre, pourquoi avoir choisi ce titre ?


Maud Lethielleux : 
Je ne sais pas ! Parce que c’est la première phrase du livre, et que je ne savais pas à quoi il allait ressembler à ce moment-là. Et puis… « je ne l’ai jamais fait », n’a pas seulement une connotation sexuelle puisque Martin, lui vit aussi une première expérience très forte : celle de la scène.

Lirado : Aviez vous envie de transmettre un « message » à travers votre live ?

Maud Lethielleux : 
Non. Je ne réfléchis pas à ce genre de chose. Je n’écris pas pour dire quelque chose en particulier. Je pense que chacun peut attraper ce qui l’intéresse. Mon idée est plutôt de partager un moment de vie avec mes lecteurs. Un moment avec Capucine et Martin.
Un message? Mieux que le fantasme, la vie en vraie est souvent bien plus surprenante que tout ce qu’on a pu imaginer…

Lirado : Quels sont le ou les côtés que vous aimez dans chacun de vos deux personnages principaux et pourquoi ?

Maud Lethielleux : 
Chez Martin, j’aime sa sensibilité, sa générosité, sa façon d’improviser avec la vie et la musique, le lien qui l’unit à Nath et Jo ses copains musiciens. Il est observateur. Pour moi, c’est un artiste, parce qu’il sait se laisser surprendre.
De Capucine, j’aime la finesse et la façon dont elle se laisse dépasser par ses émotions. Elle semble très sûre d’elle mais elle est fragile. Elle rejette ses parents et les garçons de son âge, et doucement, quelque chose s’éffrite en elle et les jugements tombent.

Lirado : C’est la première fois que vous écrivez pour la jeunesse, est-ce que cela change quelque chose pour vous ?

Maud Lethielleux : 
Je n’ai pas fait de différence. Je me suis donnée les même exigences. Mes romans pour adultes Dis oui, Ninon (qui vient de paraitre en livre de poche) et D’où je suis, je vois la lune sont beaucoup lus par les ados. De la même façon, dans les deux cas, je m’attache au rythme, à mes personnages, à leur façon de s’exprimer et de penser, à leur ton. J’écris de façon très instinctive, très amoureuse (je tombe littéralement amoureuse de mes personnages), et passionnée, rien n’est prémédité. Je ne me suis pas posée trop de questions sur l’âge de mes lecteurs. D’ailleurs je me sens moi même très adolescente, sans âge.

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