Interview : Marie Pavlenko sur Marjane

pavlenko1Auteur notamment de la trilogie Le Livre de Saskia, ainsi que du roman La Fille – sortilège, Marie Pavlenko vient de lancer une nouvelle trilogie chez Pocket jeunesse : Marjane.

Marjane s’inscrit dans le genre de l’urban-fantasy, c’est-à-dire que l’histoire met en scène des créatures fantastiques qui vivent leurs aventures dans un cadre urbain. Pour Marjane, il s’agit de la ville de Paris.

Dans cette histoire, l’héroïne (Marjane, donc) est issue du peuple des ninns (sorte de vampires) et elle est accusée de l’assassinat de son père. Elle fuit alors la Résidence, lieu où elle a toujours vécu, avec Andras, le majordome de son père. Dans sa fuite elle découvre le monde caché de Paris et ses créatures fantastiques… Sa fuite va aussi l’amener à se confronter aux secrets de son père et aux prémices d’une guerre visant à tuer tous les enfants issus de deux peuples différents…

A l’occasion de la sortie du premier tome de Marjane : La Crypte, Marie Pavlenko a accepté de répondre aux questions de Lirado pour nous en dire plus sur son univers…

Lirado : Pouvez-vous nous raconter la genèse, le moment où vous avez eu l’idée de ce roman ?



Marie Pavlenko : C’est une histoire particulière : j’ai rencontré Xavier d’Almeida, chez PKJ, pour lui parler d’un projet perso. Au détour de la conversation, il m’a demandé de jeter un coup d’oeil à un court synopsis.
C’était une histoire de vampires. Je l’ai lue, et dans la foulée, j’ai appelé Xavier pour lui faire un retour. Je ne savais pas du tout pourquoi il m’avait demandé mon avis, j’ai été très franche. À la fin de la conversation, il m’a demandé si je voulais l’écrire. J’ai donc refusé. Logique, non ? Écrire un roman vampirique aujourd’hui, c’est du suicide. Il y en a des milliers !
Mais en réalité, il était trop tard : j’avais déjà commencé à réfléchir à l’univers, comment le détourner, à cette jeune fille qui n’avait rien à voir avec Marjane mais dont je saisissais déjà vaguement les contours. Et j’y pensais tout le temps ! Alors j’ai rappelé et j’ai dit oui !

Lirado : Combien de temps vous a demandé l’écriture de ce premier tome ? Comment avez-vous procédé ? Ecrivez-vous actuellement la suite ?


Marie Pavlenko :  En moyenne, je mets neuf mois pour écrire un roman de cette taille-là. Je construis d’abord une première mouture sur cinq ou six mois, ensuite, je réécris beaucoup. Je ne fais pas de plan ; quand je commence un livre, je ne sais jamais comment il se termine. Je le découvre en même temps que le lecteur. Et oui, je suis en train d’écrire la suite 🙂

Lirado : Pourquoi avez-vous choisi le terme de « ninn » plutôt que vampire ? En quoi est-ce différent ? Comment vous est venu ce terme qui n’existe pas en français ?



Marie Pavlenko :  Donner un nom original aux créatures de ce livre, c’est offrir la possibilité de bâtir une mythologie qui ne sera pas entachée d’autres références.
Finalement, peu à peu, les ninns doivent devenir des ninns, et non des vampires. Ils le sont déjà à mes yeux ! Pour moi, un vampire est un mort-vivant. Les ninns sont vivants. La majorité des vampires sont immortels. Les ninns ne le sont pas. Ils ne dorment pas dans des cercueils, ne sont pas outrageusement sexy, et ils naissent ninns… Bref, quand on y pense, il y a peu à voir avec les vampires.
J’ai gardé une des principales caractéristiques du vampire, la soif, qui est le terreau sur lequel est né le mythe classique (le sang est l’élixir de jouvence par excellence, dans nombre textes sacrés…).
De plus, j’adore distiller dans mon texte des mots signifiants que personne ne verra. La grande majorité des termes que j’utilise sont réels, ce sont souvent des termes issus de langues oubliées, c’est le cas de ninn (mais pas que, il y a aussi des mots nordiques, des noms de dieux, des mots japonais, arabes… j’en ai toujours mis beaucoup, dans Saskia et La Fille-sortilège).
Je les arrange, je les déforme, et je leur redonne vie, autrement. Il y en a plein dans Marjane, je les expliquerai probablement à la fin de la série, comme pour
Le livre de Saskia !

Lirado : Comment présenteriez-vous Marjane à ceux qui ne la connaissent pas ?



Marie Pavlenko :  Marjane est une jeune fille qui a vécu enfermée pendant 17 ans, dans un cocon luxueux et surprotecteur. Elle est impulsive, ce qui va à l’encontre des moeurs des ninns, enclins à se maîtriser en permanence, elle est obéissante, et très naïve. La mort de son père va la propulser dans un univers qui bouscule ses idées reçues.

Lirado : Qu’est-ce qui vous inspire lorsque vous imaginez toutes les créatures qui peuplent l’univers de Marjane ?

Marie Pavlenko :  C’est la question à laquelle tous les auteurs ont droit, et je ne sais jamais comment y répondre. L’inspiration est une magie. Une magie qui se travaille, d’abord : plus on imagine, plus on imagine, et qui se compose grâce à ce qu’on lit, vit, voit, une sorte de chaudron magique propre à chacun où les références et le ressenti se mélangent pour ressortir dans une forme autre.
Mais on n’invente rien. Tout a été écrit, dit. En revanche, on peut changer les paramètres, décaler l’histoire, le regard.

pavlenko2Lirado : Pourquoi Paris ?



Marie Pavlenko :  Ça, c’est vraiment le fondamental de ce livre ! J’en ai eu l’idée tout de suite, et l’équipe de PKJ a été enthousiaste (ce qui n’était pas évident, car nombre de récits écrits par des Français prennent racine ailleurs, notamment outre-atlantique).
Aujourd’hui, le vampire est mâtiné de références anglo-saxonnes (l’influence de Bram Stocker, bien sûr, mais aussi, d’Anne Rice, George RR Martin, Stephenie Meyer et toute la vague plus récente d’urban fantasy, de Patricia Briggs à Michelle Read…), si bien qu’on a tendance à oublier que c’est une figure née en Europe. Je voulais replacer les ninns chez nous.
Par ailleurs, la mythologie française est énorme, et méconnue. Entre les histoires celtes et les spécificités régionales, il y a des milliers et des milliers de créatures, histoires à raconter. Je me suis dit qu’il fallait exploiter ça. Et du coup, j’ai choisi de bâtir un contre-pied : faire évoluer mes personnages dans Paris (où j’habite depuis 22 ans), loin de Chicago, New York ou La Nouvelle-Orléans, et exclure les habituelles créatures associées à ce genre d’histoires : loups-garous, démons, etc.

Lirado : La couverture de Marjane est magnifique, pouvez-vous nous dire comment s’est déroulée cette étape ? Avez-vous été associée à sa réalisation ? De quelle manière ?

Marie Pavlenko :  PKJ a fait travailler un jeune photographe talentueux, Daniele Gaspari, qui a aussi fait, entre autres, les sublimes couvertures des Chroniques lunaires. Ils m’ont montré une première étape, et j’ai eu droit de faire mes petites remarques. C’est très agréable d’être associée à chaque étape du livre. J’ai aussi choisi la maquette, la police, un luxe auquel je ne suis pas habituée.

Lirado : Marjane à des similitudes avec Le Livre de Saskia : une héroïne, un parent absent, une origine trouble mais surtout un monde fantastique qui s’inscrit dans la réalité… Pourquoi aimez-vous ce qu’on appelle aussi « l’urban fantasy » ? 



Marie Pavlenko : Parce qu’elle permet d’explorer la réalité sous un angle différent et que, si elle est bien écrite, elle peut presque faire croire à l’existence des mondes inventés. Autrement dit, elle favorise une double évasion : celle du livre en lui-même, et celle du « peut-être »… peut-être que les Enkidars ou les ninns existent, tout près de nous. Le monde est plus beau quand on est sur le point de croire à sa magie.

Lirado :  Vos précédents romans étaient écrits à la première personne du singulier, pourquoi pas cette fois ? Qu’est-ce que cela change selon vous dans la manière de raconter l’histoire ? Et pourquoi de nouveau une héroïne plutôt qu’un héros ?



Marie Pavlenko :  L’écriture est radicalement différente. Ma hantise absolue, c’est d’écrire toujours la même chose. À la première personne, l’identification avec le personnage est immédiate. Le lecteur est en empathie, donc l’émotion sera forte. Mais on n’a qu’un prisme unique pour narrer les faits. Lorsqu’on est à la troisième personne, on peut multiplier les points de vue et travailler le rythme de l’intrigue. Je voulais explorer une autre facette de l’écriture.
Concernant l’héroïne, elle n’est pas seule. Je me sens plus à l’aise avec une héroïne. Ceci étant dit, la multiplicité de points de vue fait qu’on est aussi avec d’autres personnages, notamment Mats et Andras, or ce sont des hommes… 🙂

Merci à Marie Pavlenko d’avoir répondu à mes questions.

Marjane, T1 : La Crypte : découvrez la chronique de Lirado !

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