Interview : Manon Fargetton sur Le Suivant sur la liste / La Nuit des fugitifs

fargettonManon Fargetton n’a que 18 ans lorsqu’elle publie son premier roman : Aussi libres qu’un rêve, chez Mango. Nous sommes en 2005.
10 ans plus tard, l’auteur ne s’est pas arrêtée d’écrire dans le monde de l’Imaginaire et elle a continué à conquérir de nouveaux lecteurs avec sa trilogie June d’abord et maintenant son diptyque Le Suivant sur la liste / La Nuit des fugitifs.

Entre son travail de régisseur lumière et son envie d’écrire au quotidien, Manon Fargetton a eu le temps de répondre à 4 questions de Lirado sur son diptyque Le Suivant sur la liste / La Nuit des fugitifs.

Lirado : Comment vous est venue l’idée de ce diptyque ?

Manon Fargetton : Ma formation de base est scientifique, et les possibles offerts par les avancées biologiques et technologiques me fascinent.
Pour un écrivain, c’est une source inépuisable de « et si… », ces deux petits mots magiques à la base de tant d’histoires. Et c’est vraiment ce qu’il s’est passé pour ce diptyque : je regardais une vidéo de vulgarisation scientifique qui traitait des hybridations et modifications du génome déjà effectuées sur des animaux.
Il est assez dingue de constater à quel niveau d’expertise en sont les spécialistes de ce domaine…
Et heureusement, la barrière de l’éthique les empêche d’expérimenter sur les êtres humains, mais je n’ai pu m’empêcher de me demander si elle n’était pas déjà tombée quelque part dans le monde… « Et si… »…
J’ai commencé à imaginer des modifications plausibles du génome, des personnages ont pointé leur nez, et en l’espace de quelques minutes, le petit amalgame d’idées qui allait donner Le suivant sur la liste était né dans mon esprit.

Lirado : Comment s’est déroulée l’écriture de Le suivant sur la liste et La nuit des fugitifs ? Les deux tomes étaient-ils prêts avant la soumission des manuscrits à votre éditeur ?

Manon Fargetton :  Pas du tout ! Parfois, le hasard des rencontres fait merveilleusement bien les choses. J’en étais donc là, avec mes petits bouts d’idées qui se frottaient les uns aux autres, avec cette intuition qu’ils « allaient ensemble », que je tenais le morceau clef d’un puzzle, lorsque je me suis rendue à une journée autour du livre jeunesse à Besançon, où j’étais invitée en tant qu’auteur.

Là-bas, j’ai rencontrée une éditrice de Rageot avec qui le courant est très vite passé. On a beaucoup discuté, de plein de sujets, elle m’a entre autre montré les premiers Rageot Thriller qui venaient de paraître.
Là, dans mon cerveau, ça a commencé à turbiner à toute allure.

suivant-sur-la-listeLe soir, un train nous a ramené à Paris, et au moment de quitter cette éditrice sur le quai du métro, je lui ai dit « J’ai peut-être un projet de thriller pour Rageot. Je peux te l’envoyer ? ». Quelques jours plus tard le projet était dans sa boîte mail, Rageot l’a accepté, et après avoir terminé le roman que j’étais en train d’écrire, je me suis lancée dans Le suivant sur la liste.

Au départ, ça devait être un one shot. Mais en cours d’écriture, ma nécessité d’écrire une suite s’est imposée. Je n’avais pas envie de quitter ces personnages. J’avais d’autres idées, une autre histoire à raconter avec eux. J’ai donc envoyé un nouveau synopsis à Rageot et, une fois encore, ils m’ont suivi, plongeant avec moi dans La nuit des fugitifs.

Lirado :  Dans votre diptyque, il est question de télé-réalité et de manipulations génétiques, poussées à l’extrême dans les deux cas : quel regard portez-vous sur les émissions de télé-réalité actuelles et les manipulations qui sont actuellement « pratiquées » dans le monde ?

Manon Fargetton :  Je n’ai plus la télé depuis dix ans. Par choix, et pour différentes raisons qui vont du « je n’ai pas envie de regarder ces merdes » à « bon, ok, il y a des trucs que je voudrais regarder, mais si j’ai une télé à portée de main, je vais AUSSI regarder des merdes, et je me trouverais de très bonnes excuses pour le faire ». C’est tellement simple. On est crevé. On appuie sur le bouton et on se laisse happer. Quatre heures plus tard, on y est encore.

Je préfère choisir, faire l’effort d’aller chercher sur internet ce que je veux vraiment regarder et ne pas être tentée par le reste. Évidemment, je tombe régulièrement sur des extraits de télé-réalité. Elles ne se valent pas, et je suis loin de dire que tout est à jeter. Et puis ceux qui y participent ont choisi de le faire, ils y trouvent leur compte, au moins au moment où ils participent – ce qui se passe après est une autre histoire, souvent moins glamour…
Mais j’ai vraiment du mal avec le côté intrusif et putassier de certains reportages. Ça me dérangeait déjà à l’époque des premières Star Ac et autres Loft. Et à la fois, il y a un côté fascinant qui est très romanesque… toutes les petites bassesses d’un individu exposées aux yeux de tous, le quotidien reconstruit par le montage pour raconter une histoire qui n’a jamais existé, la révélation d’un potentiel artistique, parfois… Bref.
C’est une matière géniale pour une histoire.
Quant à juger si c’est « bien » ou « mal », ou à juger ceux qui regardent ces émissions, je ne m’y risquerais pas car je n’y vois aucun intérêt. Chacun utilise son temps comme bon lui semble, et je comprends qu’on soit embarqué à suivre la vie de ces étrangers devenus familiers au fil des semaines.

nuit-fugitifsConcernant les manipulations génétiques, là aussi mon discours est mesuré.
Comme toutes avancées scientifiques, elles peuvent sauver des vies autant qu’en prendre, apporter du confort autant qu’abîmer notre monde / espèce humaine. Disons que je suis de nature positive. Oui, il faut être vigilant, l’éthique est une question essentielle, car il s’agit de ce que nous voulons devenir en tant qu’espèce, de ce que nous voulons manger, de ce que nous voulons laisser aux générations suivantes.
Mais, merde, les possibilités qui s’offrent à nous sont tellement géniales ! Je regarde ce monde, et j’ai hâte d’être dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante, de savoir ce qu’on aura inventé, ce qui dans notre présent sera devenu du passé, ce qui sera resté, comment les évolutions agiront sur nos rêves, nos espoirs, nos envies… Je veux voir tout ça.
Peut-être que ce sera flippant, que des guerres éclateront pour des raisons dont nous ignorons encore tout ou que nous pressentons. Peut-être. Peut-être pas. En avoir peur est sain, ça évite de faire n’importe quoi. Mais freiner des quatre fers me semble illusoire.
La seule certitude que nous avons est que notre monde va changer, que nous allons changer, comme nous le faisons depuis des millénaires. Alors autant en faire partie, choisir quel monde nous voulons et quel monde nous refusons.
Un jour, sûrement, nous regarderons notre époque et nous sourirons de nos doutes. Parce que les scénarios catastrophes n’auront pas eu lieu. Parce qu’ils auront été pires que tous ce que nous pouvons imaginer et que nous nous trouverons bien naïfs. On ne sait pas. Et ce que je pense moi de telle ou telle avancée importe peu. Ce qui importe, c’est de se poser les questions pour ne pas foncer à l’aveugle. Et je trouve que nous vivons à une époque où, heureusement, on se pose beaucoup de questions.

Lirado :  Est-il facile de « gérer » autant de personnages dans une histoire, de leur donner autant de poids à chacun par rapport à vos autres romans qui ont moins de « héros » ?

Manon Fargetton :  J’ai toujours adoré les films et les romans « choral ». J’adore lancer plusieurs fils et les regarder s’emmêler alors qu’ils semblaient aussi éloignés que possible les uns des autres. C’est ce que j’ai fait dans mon premier roman, Aussi libres qu’un rêve, c’est ce que j’ai fais dans ce diptyque, c’est aussi un procédé que j’utilise dans mon roman de fantasy adulte qui sort en avril (L’Héritage des Rois-Passeurs, éditions Bragelonne).
Même dans ma trilogie June, qui porte le nom de l’un des personnages, je n’ai pas pu m’en empêcher, et plus on avance dans les tomes, plus les personnages secondaires prennent de l’importance jusqu’à ce que leurs points de vue apparaissent, distincts de celui de June. En fait, je crois que je ne sais pas écrire autrement. C’est ce qui m’est naturel. J’aime que la vérité ne soit pas unique, mais différente pour chacun, car vécue et ressentie différemment. J’aime les histoires imbriquées, les nœuds de rencontres improbables, parce que la vie est improbable. J’aime aussi explorer la différence entre ce que l’on pense de quelqu’un et ce qu’il est au fond de lui-même, et cela, je ne peux le faire qu’en adoptant plusieurs points de vues…
Bref, je ne sais pas si c’est facile, mais moi, ça m’amuse beaucoup !

Merci à Manon Fargetton d’avoir répondu à mes questions.

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