Interview : Loïc Le Borgne sur Les Enfants d’Eden

loicleborgne2Lirado : Quel(s) est/sont le(s) personnage(s) qui est/sont venu(s) en premier ? le(s)quel(s) préférez-vous ?

Loic Le Borgne : Ce n’est pas Marine, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Je voulais un équipage pirate, errant dans l’espace. Je voulais m’inspirer à la fois des pirates « historiques » des XVIIe et XVIIIe siècles, mais aussi aller plus loin en imaginant des êtresqui n’existent pas aujourd’hui. Lady Blue, la navigatrice stellaire, est née dès le départ. J’ai griffonné un croquis sur le bateau qui allait à l’île de Groix, en 2002. Je voulais créer un être marin voguant au coeur de l’espace, pour lier le thème de l’océan à celui des étoiles. Elle s’appelait alors Sea Dream. J’ai aussi imaginé le capitaine Orca ce jour-là, Tige, et Clip et Glic.

Mon personnage préféré, c’est Marine. C’est la plus attachante pour moi, et celle qui évoluera sans doute le plus, car elle change, grandit, apprend. C’est un peu une petite soeur, dont j’observe les faits et gestes.

Parmi ses compagnons, j’ai une affection particulière pour Tige, discret mais efficace, et qui pourrait bien avoir un rôle essentiel plus tard… Monster est aussi très attachant. Il fonce dans la bataille parce qu’il est doué pour cela et que ses amis ont besoin de lui, mais au fond il préfère entretenir ses plantes dans la serre de l’Epaulard. C’est peut-être un cousin éloigné (dans le temps et l’espace) d’Obélix…

Lirado : De quoi vous êtes vous aidé pour écrire votre trilogie ?

Loic Le Borgne : J’ai trois sources écrites. D’abord, des documents, des récits sur les pirates qui écumaient jadis les mers. Ensuite, des livres, des magazines de vulgarisation scientifique sur l’espace, les nouvelles technologies, les découvertes scientifiques. Enfin, je lis des romans d’aventure du XIXe ou du XXe siècle. J’évitais en fait de lire de la science-fiction de type space opéra lorsque j’écrivais la trilogie, de peur de tomber sur des idées que je m’apprêtais à glisser dans une scène! Les souvenirs de mes voyages, ou des reportages télévisés sur des endroits perdus du Monde, me sont très utiles pour décrire les planètes, les peuples, leurs coutumes.

Lirado : Quel(s) est/sont le(s) passage(s) que vous avez préféré écrire ?

Loic Le Borgne : L’ouverture du tome 1, lorsque Marine observe les vaisseaux depuis la coursive de Station Cézembre, puis les scènes de l’enlèvement. J’ai également vibré lorsqu’un personnage important meurt dans le tome 2, quand Marine en apprend plus sur sa mère, ou lors des scènes finales du tome 3. Mais en réalité, je prends toujours beaucoup de plaisir à écrire les scènes. Parfois je me pose cette question: « aurais-tu aimé cette scène à 13 ans? » Si la réponse est « pas tout à fait », je décide de revoir la copie, d’aller plus loin, de trouver une meilleure idée. Je veux que chaque scène me fasse vibrer, et la terminer en me disant « ce chapitre, j’aurais aimé, et j’ai aimé le lire! »

Lirado : Quels sont les côtés qui vous plaisent le plus chez Marine ?

Loic Le Borgne : Son obstination, la manière dont elle sait attendre le bon moment. Elle se tait souvent, observe, puis parle et agit en général quand il le faut. Elle a aussi une très grande sensibilité, mais ne dévoile pas facilement ses sentiments.

Lirado : Comment avez-vous procédé pour l’écriture de la trilogie ? Quelles difficultés avez-vous rencontré ?

Loic Le Borgne : J’ai écrit la trilogie comme s’il s’agissait d’un seul et même roman, mais divisé en trois parties. Je l’ai donc écrite d’une traite. Ensuite, il a fallu glisser des piqûres de rappel pour relancer l’intérêt du lecteur, pour lui rappeler des faits qu’il avait peut-être oubliés, car pour lui l’aventure s’étend sur un an, entre la parution du premier et du troisième tome. Enfin, il a fallu réduire de 20 % environ la longueur du manuscrit original pour accélérer le rythme du récit et raccourcir des descriptions. Des scènes entières ont été remaniées, deux personnages supprimés. Cet exercice m’a permis de conserver des scènes inédites, ou une encyclopédie complète pour le site internet, qui a été conçu comme un véritable complément au livre, avec beaucoup de bonus pour les lecteurs passionnés. Ce n’est pas une simple vitrine.

Lirado : Aviez-vous un message ou un but dans votre trilogie ?

Loic Le Borgne : Oui, mais en parler reviendrait à révéler beaucoup de choses. J’ai des buts précis, mais je préfère garder le secret. Disons que l’affrontement entre ceux qui rêvent du mythique Monde bleu et ceux qui préfèrent maintenir le système des Puissances stable va aller crescendo.

loicleborgne1

Lirado :Qu’est-ce qui vous plait dans la science-fiction au point d’avoir achevé dés la sixième un roman dans le genre ?

Loic Le Borgne : Je vais répondre par une banalité: le futur ouvre grand les portes de l’imaginaire. J’aime d’ailleurs aussi les romans d’aventure, et les romans fantastiques, qui ont cette même capacité. Il n’y a aucune limite à ce que l’on peut concevoir, d’autant que plus le temps passe, et plus les découvertes scientifiques semblent supplanter tout ce qui avait pu être imaginé. Et puis, songer au futur, c’est bien sûr réfléchir à notre présent.

Lirado :Qu’est-ce qui vous plait le plus dans les dessins que Manchu a réalisé pour la trilogie ?

Loic Le Borgne : Il a réussi, je crois, à dessiner des vaisseaux, comme l’Epaulard, en partant d’animaux marins, et non des vaisseaux rappelant vaguement ces animaux. Du coup, l’animal nous saute aux yeux, mais il s’agit bien d’un vaisseau. Il est fidèle en cela aux ingénieurs pirates qui, dans le récit, ont conçu ces vaisseaux. Il s’agissait pour eux d’un hommage à ces animaux disparus, au Monde bleu envolé. Par ailleurs, les croquis de Marine en gros plan, visibles sur le site internet, correspondent précisément à l’idée que je me faisais du personnage.

Lirado : Avez vous, pour finir, des petites astuces personnelles pour l’écriture ?

Loic Le Borgne : J’écris souvent (mais ne corrige jamais) en musique, avec un casque sur les oreilles. Et je choisis en général mes musiques en fonction du rythme, de l’atmosphère de la scène que j’ai en tête. La musique me libère pour me lancer, me fait oublier la crainte du blocage.

Avant d’écrire une scène, j’y songe beaucoup, y compris la veille en m’endormant. J’essaie de visualiser le décor, de réfléchir à ce que les personnages vont dire ou ressentir, mais sur ce point j’ai souvent des surprises. Les pirates ne se laissent pas manipuler facilement…

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.