Interview : Gabrielle Massat sur L’Enfant papillon

massat1Gabrielle Massat fait partie de ces jeunes auteurs à la plume déjà très prometteuse que l’on voit parfois émerger dans le paysage de la littérature (jeunesse), pour peu qu’un éditeur leur donne leur chance. Pour Gabrielle Massat, c’est Hachette jeunesse qui lui a donné sa chance par le biais du Tremplin Blackmoon organisé en 2014.

Née en 1991, Gabrielle Massat n’est pas une grande amatrice de science-fiction puisqu’elle préfère les polars. Pourtant c’est dans la dystopie, genre très en vogue actuellement, qu’elle s’est illustrée avec la parution début mars 2015 de son roman « one shot » L’Enfant papillon.

L’histoire se passe au coeur d’une société militarisée et repliée sur elle-même afin d’échapper à une épidémie qui a touché l’Extérieur. Maïa, l’héroïne a du mal à croire à cet extérieur inhabitable et lorsque son mentor Dimitri est arrêté peu de temps après lui avoir révélé l’existence de l’Enfant papillon, un garçon qui a réussi à fuir la Cité, elle décide de partir à la recherche de cette être légendaire. Dans cette quête, elle est aidée par Zéphyr, un tueur à gages et Nathanaël, un  jeune homme opprimé pour sa différence.

Rencontre avec Gabrielle Massat qui nous en dit plus sur son expérience du Tremplin Blackmoon, la genèse de son roman et sa manière de construire, d’aborder l’histoire de L’Enfant papillon

Lirado : Vous avez participé avec L’Enfant papillon au Tremplin Blackmoon organisé par Hachette jeunesse, était-ce la première fois que vous le présentiez à un éditeur ? Comment avez-vous entendu parler de ce Tremplin ?

Gabrielle Massat : C’était en effet la première fois que je soumettais ce roman, puisque je l’ai écrit spécialement pour le Tremplin. Je n’avais d’ailleurs pas l’intention de le soumettre ailleurs une fois tombés les résultats.
J’ai entendu parler de ce concours par le biais d’amies qui souhaitaient participer. À l’époque, je travaillais sur un autre texte qui me donnait beaucoup de fil à retordre ; je traversais une période de doute et j’ai vu le Tremplin comme une façon de me donner un coup de fouet, de me prouver que j’étais capable de finir un roman. Un défi personnel, en quelque sorte. Alors j’ai mis en pause tous mes projets et je me suis jetée à l’eau !

Lirado :Votre roman était parmi les livres finalistes du Tremplin, comment avez-vous vécu ce moment ? Et l’expérience Tremplin Blackmoon en général ? Qu’est-ce que ça a changé pour vous ?

Gabrielle Massat :  Quand les éditions Hachette m’ont appelée pour m’annoncer que j’étais finaliste, ma première réaction a été « hum, je pense que vous vous trompez de personne ». Il a fallu beaucoup de patience à mon interlocutrice pour me convaincre que c’était bien de moi dont il s’agissait !

D’un point de vue purement personnel, le Tremplin m’a beaucoup apporté. Comme je l’ai dit plus haut, il s’agissait à l’origine d’un défi personnel dont le but était seulement de me donner confiance en ma capacité à écrire des romans. Terminer L’ENFANT PAPILLON et l’envoyer dans les délais était déjà une victoire en soi. Cette expérience m’a permis de progresser à vitesse grand V.

De manière plus prosaïque, ce concours m’a permis d’accéder à la publication… ce qui n’est quand même pas rien ! Grâce au tremplin, j’aborde désormais l’écriture avec plus de sérénité. Je sais que dans l’édition, rien n’est jamais acquis, mais cette opportunité m’a poussée à considérer ma passion comme quelque chose de sérieux. Oserais-je dire comme un travail ?

Lirado : Que s’est-il passé entre le moment où vous étiez finaliste et le moment de la publication en février 2015 ? Avez-vous beaucoup repris votre texte ?

Gabrielle Massat :  Après l’annonce des résultats, l’équipe éditoriale d’Hachette m’a contactée pour me faire part des avis que L’Enfant papillon avait reçus de la part du jury. On m’a proposé un deal très simple : retravailler mon roman en fonction des critiques que je trouvais pertinentes et le soumettre quand je le sentirais prêt.

J’ai donc passé quatre mois à reprendre ce texte, lui apporter toutes améliorations possibles (et il y avait du boulot !) avec le soutien exemplaire de mon éditrice. En juin, j’ai donc de nouveau soumis L’Enfant papillon au comité de lecture et quinze jours plus tard, le « oui » tant attendu est tombé.

Lirado : Et puis le contrat d’édition est tombé. L’Enfant papillon devient ainsi votre premier roman publié et à seulement 24 ans, bravo ! Comment avez-vous vécu ce moment où on vous a dit « ok, on va vous publier » ?

Gabrielle Massat :  Merci ! Je ne vais pas vous surprendre si je vous dis que ce moment a été absolument unique, hein ? J’ai d’abord été partagée, et pendant longtemps, entre l’euphorie et l’incrédulité. Je ne comprenais pas comment ce roman, dans lequel je ne plaçais initialement aucun espoir, avait pu faire un parcours pareil. Et puis bon, j’ai fini par croire au miracle. J’ai grimpé sur mon petit nuage rose et je n’en suis pas redescendu depuis !

Lirado : Comment avez-vous eu l’idée de L’Enfant papillon ?

Gabrielle Massat : J’ai décidé que l’histoire tournerait autour d’un enfant avec des ailes de papillon, littéralement. Et puis j’ai tissé une histoire à partir de là… même si, quand on a lu le roman, on voit qu’il ne reste plus grand-chose de ce concept originel.

Le Tremplin avait déjà été lancé quand j’ai décidé d’y participer, et je n’avais donc pas le temps de laisser mûrir mes idées comme je le fais habituellement. Je me suis donc raccrochée à cette image d’enfant ailé, qui me plaisait bien, pour esquisser un scénario.

massat2Lirado :L’Enfant papillon s’inscrit clairement dans le genre de la dystopie, voire, par certains aspects, dans le roman post-apocalyptique, sont-ce des genres que vous lisez beaucoup ? Et si oui, est-ce qu’il y a eu des livres en particulier ou des auteurs, qui vous ont influencé, qui ont été des sources d’inspiration ?

Gabrielle Massat :  Je ne lis pas de dystopies ni de SF, ou très peu ; mais la culture populaire en regorge tellement, et à travers tous les médias, qu’il est difficile de passer à côté de certaines influences. Personnellement, je suis accro au polar et au roman noir. Les auteurs qui m’influencent au quotidien écrivent donc plutôt dans ces genres-là et même si ça ne se voit pas forcément, ce sont eux qui ont été des sources d’inspiration pour L’Enfant papillon.

Lirado : Écrire une dystopie à un moment où la littérature pour adolescents en regorge, n’était-ce pas, avec le recul, un pari risqué ? Comment avez-vous réussi à éviter d’être trop influencé par les dystopies actuelles : en les lisant ou au contraire, en essayant de ne pas voir ce qu’il se faisait par ailleurs, au moment où vous écriviez votre propre livre ?

Gabrielle Massat :  Avec le recul, c’était un pari très risqué, en effet ! Mais je n’en avais pas conscience au moment de l’écriture. Comme je l’ai dit, je n’ai pas écrit ce roman dans l’optique de remporter le Tremplin, mais seulement dans le but de me prouver quelque chose. Je n’ai donc pas réfléchi en terme de « marché » ou d’attentes du jury, j’ai seulement écouté mon envie du moment, tout en essayant de m’inscrire dans une ligne éditoriale que je ne maîtrisais pas vraiment à l’époque.

Je n’ai donc pas lu de dystopies au moment de l’écriture. Cependant, je ne pense pas que ce soit une bonne solution pour écrire quelque chose d’original ; je suis convaincue qu’il faut avoir été très influencé, et avoir digéré ces influences, pour créer quelque chose de novateur.

Lirado : Votre livre est présenté comme un « one shot » , est-ce que c’était dés le départ clair pour vous qu’il ne ferait qu’un tome ou est-ce une contrainte de votre éditeur ? Envisagez-vous d’écrire une suite étant donné que la fin est très ouverte ?

Gabrielle Massat :  Il était évident pour moi que cette histoire ne serait qu’un one-shot. Je pense que ce livre se suffit à lui-même et la fin ouverte ne laissait pas présager de suite au moment où je l’ai écrite.

Depuis, j’ai envisagé, avec mon éditrice, d’écrire une suite, mais c’est une question qui nécessite réflexion et dont, au final, la réponse ne nous appartient pas complètement.

Lirado : Combien de temps vous a demandé l’écriture de ce roman ? Comment avez-vous procédé ? Aviez-vous un plan précis ?

Gabrielle Massat :  J’ai écrit ce roman en quatre mois, du plan initial aux corrections. La reprise, après les résultats du Tremplin, m’a pris quatre mois de plus.
J’avais un plan très précis, détaillé à la scène près, avant de débuter la rédaction : avec un délai aussi court, je ne pouvais pas me permettre de bloquer sur une incohérence ou une panne d’inspiration ! J’ai d’abord déterminé les grandes lignes de l’intrigue, puis dressé un portrait des personnages et détaillé le monde dans lequel ils évoluent. Puis j’ai affiné mon scénario, par étapes successives, jusqu’à obtenir un plan très détaillé.

Lirado : Et vos personnages principaux, comment les avez-vous inventés, tant sur le plan physique, que psychique. Qu’est-ce qui vous vient en premier ? Le nom, le caractère ?
Quel est le personnage que vous préférez / que vous détestez , le plus ?

Gabrielle Massat : Ce qui me vient en premier dans la création d’un personnage est très variable, mais c’est généralement sa fonction, le rôle qu’il aura à jouer dans l’histoire. Puis vient son caractère, son vécu, les questions que j’ai envie d’aborder à travers lui. Enfin, je m’intéresse à l’apparence physique et au prénom.

Par exemple, Zéphyr est né quand je me suis dit « je veux un tueur à gages ». Les questionnements que soulèvent ses choix passés se sont imposés par la suite. Nathanaël, lui, est une exception : j’ai l’ai construit en fonction de la réflexion sur la différence que je voulais développer. Son rôle n’est apparu que plus tard. Comme quoi, ce sont plutôt mes personnages qui choisissent et moi qui obéis, pas l’inverse !

Il n’y a aucun personnage que je déteste en particulier et j’ai de l’affection pour chacun d’eux. J’ai beaucoup aimé me mettre dans la peau de Nathanaël, par exemple, parce que j’aime particulièrement les écorchés vifs, ou dans celles de Dimitri et White, parce qu’ils représentaient un vrai défi, le genre de personnage que je n’ai pas l’habitude de mettre en scène.

Ah, et puis j’adore Kingston, le singe. Et dire que tout ce que retiennent de lui les héros, c’est qu’il est vieux et moche…

Merci à Gabrielle Massat d’avoir répondu à mes questions.

L’Enfant papillon : découvrez la chronique de Lirado !

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