Interview : Eric Boisset

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Lirado : Quand êtes-vous né ? où ? Où vivez-vous aujourd’hui ?

Eric Boisset : Je suis né à Valence, en Espagne, le 8 novembre 1965. Après moult pérégrinations, me voici provisoirement fixé en Savoie, dans un petit village de montagne, en plein cœur du massif des Bauges. Un coin charmant…

Lirado : Quelle(s) étude(s) avez-vous faites ?

Eric Boisset : Des études de droits et de lettres modernes. Mais je n’étais guère assidu aux cours de faculté. Déjà, j’avais la tête ailleurs. Ça ne s’est pas arrangé depuis.

Lirado : Quel(s) métier(s) avez-vous exercé avant de devenir écrivain ? Exercez-vous encore un autre métier si oui lequel ?

Eric Boisset : Toutes sortes de petites, moyens et gros boulots. J’ai été saisonnier dans des exploitations agricoles, débardeur, garçon de café, livreur à Paris (une période épique), loueur d’engins de terrassement, bibliothécaire, fromager (je jure que je n’invente rien), scénariste de bandes dessinées, etc. Actuellement, je suis tout à la fois assistant de conservation du patrimoine et écrivain.

Lirado : Combien de livres écrivez-vous par an ?

Eric Boisset : Un seul, et encore quand tout va bien. Je m’y attelle généralement au printemps, et je le termine fin août. C’est aussi régulier qu’une floraison d’arbre fruitier. Et comme je sais très bien que je suis un pommier, je ne cherche pas à faire des poires.

Lirado : N’écrivez-vous que pour la jeunesse ou aussi pour les adultes ?

Eric Boisset : Pour la jeunesse exclusivement. Tout du moins jusqu’à aujourd’hui. Mais ça pourrait changer, si une idée de roman adulte me venait.

Lirado : Quel genre de livre préférez-vous écrire ?

Eric Boisset : Des romans fantastiques mâtinés d’humour. J’aime beaucoup rire, d’une manière générale, et j’ai le plus grand mal à prendre mes personnages au sérieux. Mais encore une fois, rien n’est jamais systématique dans ma manière de travailler. Je pense d’ailleurs changer de registre pour mon prochain roman, et aborder un genre qui me passionne, celui de la science fiction.

Lirado : Combien de livres avez-vous écrit ? Quel est votre premier livre ?

Eric Boisset : J’ai écrit sept romans. Deux trilogies fantastiques et un roman hors genres qui raconte l’histoire d’amitié entre un jeune grec et un pélican sur une île de l’archipel ionien. Mon premier livre s’intitule : Le grimoire d’Arkandias. Il est publié aux Editions Magnard.

Lirado : Préférez-vous un de vos livres aux autres ?

Eric Boisset : Je crois que j’ai un faible pour Nicostratos, le bouquin dont je parlais à l’instant et qui met en scène un jeune grec et son pélican. Je l’ai écrit après avoir fait une rencontre très troublante dans l’île en question. J’ai une passion pour la Grèce, et si je vendais le dixième des romans de Joanne K. Rowling, je cesserais aussitôt de travailler pour m’y retirer.

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Lirado : Pourquoi aimez-vous écrire ?

Eric Boisset : Parce que c’est une manière de donner la vie. L’écrivain est entièrement maître de la destinée de ses héros. Avec des moyens dérisoires et un peu d’astuce, il réalise une superproduction où il est responsable du casting, de la mise en scène, des costumes et des décors. C’est un démiurge plénipotentiaire !

Lirado : Lorsque vous écrivez un livre, souhaitez-vous faire passer un message ?

Eric Boisset : Absolument jamais, car rien n’est plus assommant. Malgré tout, un message se dégage de mes romans, comme de toute création artistique. Par leur attitude et par leur manière de se comporter face à telle ou telle situation, les personnages influencent le lecteur qui s’est identifié à eux. Un message apparaît donc en filigrane dans l’oeuvre. Mais je n’y suis pour rien, même si j’y suis pour tout !

Lirado : Avez-vous été facilement publié ?

Eric Boisset : J’ai eu de la chance. Les trois premiers éditeurs à qui j’ai adressé le manuscrit du grimoire d’Arkandias étaient intéressés. Mais seul Magnard a accepté de le publier sans changer un mot. Les autres voulaient à toute force pratiquer des coupes sombres. Ils trouvaient le manuscrit trop long. A l’époque, on croyait que les enfants étaient incapables de lire de gros livres. C’était avant le triomphe d’Harry Potter, bien entendu. Aujourd’hui, les manuscrits sont toujours trop minces…

Lirado : Avez-vous des conseils pour l’écriture d’un livre ?

Eric Boisset : S’il s’agit d’un premier roman, faites court. Avant d’entreprendre l’ascension de l’Everest, on se met en jambes dans la rue en pente derrière chez soi. Ce que je conseillerai aussi à un écrivain en herbe, c’est de systématiquement faire un plan, afin de ne pas se fourvoyer (surtout s’il entreprend l’ascension de l’Everest).

Lirado : Vos livres ont souvent des passages très drôles, même dans des moments critiques, pourquoi ?

Eric Boisset : C’est plus fort que moi, je ne peux pas m’en empêcher. Dans les situations les plus dramatiques, je suis souvent effleuré par la tentation du rire. C’est aussi une façon de ne pas se prendre au sérieux.

Lirado : Quelles expériences tirez-vous de l’écriture ?

Eric Boisset : Mettre ses idées en mot permet d’y voir plus clair. On met aussi de l’ordre dans sa tête par la même occasion, et croyez-moi, la mienne en a bien besoin ! Ça libère tout en structurant. Un peu comme une psychanalyse, mais qui rapporterait de l’argent au lieu d’en coûter (même si, en littérature jeunesse, peu d’écrivains roulent en Porsche). Il y a un aspect annexe très important : les rencontres dans les classes avec les jeunes lecteurs qui ont étudié vos livres. Dans l’échange oral avec les enfants, j’apprends beaucoup et j’ai parfois des déclics créateurs. Je n’aurais jamais donné de suite au grimoire d’Arkandias, par exemple, si les enfants ne m’avaient fait observer que l’histoire ne finissait pas vraiment.

Lirado : Qu’est ce qui vous a donné envie d’écrire ?

Eric Boisset : La lecture, bien entendu. Enfant, j’étais passionné de Pagnol, un authentique génie populaire que je relis encore aujourd’hui, même si je le connais par cœur. J’ai tout d’abord écrit dans l’espoir d’égaler ce maître absolu. Puis, j’ai compris que je devais revoir mes ambitions à la baisse. N’est pas Pagnol qui veut !

Lirado : Dans Nicostratos ont découvre un peu la Grèce, aimez-vous ce pays et pourquoi ?

Eric Boisset : J’ai dit précédemment que j’adorais la Grèce, et notamment ses îles. D’abord parce qu’elles sont belles, ensuite parce qu’elles sentent bon. J’aime aussi beaucoup la cuisine grecque, le vin sans résine, et d’une manière plus générale, le mode de vie méditerranéen. Mon royaume pour une poignée d’olives noires et un verre d’ouzo !

Lirado : Avez-vous besoin de vous isoler pour écrire ?

Eric Boisset : Non, pas particulièrement. Je travaille par exemple sans difficultés particulières à la médiathèque de Chambéry, le samedi après-midi. Enfin, sans difficultés liées au bruit. Parce que, pour le reste, un roman ne s’écrit pas tout seul…


Lirado : Combien d’exemplaires avez-vous vendus en tout (tous les livres compris). Certains de vos livres ont-ils été traduit ? Si oui le(s)quel(s) ?


Eric Boisset : Difficile à dire, je suis nul en maths. Mais un chiffre à cinq zéros, sûrement. La trilogie d’Arkandias a été traduite en Turc au mois de mai dernier…

Lirado : D’où vous vient l’inspiration de vos histoires ?

Eric Boisset : De la vie, des lectures, des films, des pièces de théâtre. Je puise parmi tous les ingrédients qui s’offrent à moi et j’essaye de réaliser mes petites recettes de cuisine personnelles. On ne part jamais de zéro, quel que soit le domaine où on exerce ses talents. On s’appuie toujours sur les prestigieux aînés.


Lirado : Pourquoi n’avoir écrit qu’une trilogie pour Arkandias et non une saga ?

Eric Boisset : Par crainte de lasser mon jeune public, et aussi parce que la Trilogie d’Arkandias ne laissait pas une place suffisante aux héroïnes. On n’y croisait que des garçons ! Le reproche m’en ayant été fait à plusieurs reprises dans les classes, j’ai écrit une Trilogie mettant en scènes quatre petites sorcières, pour rétablir la parité et ne pas me faire écharper par ces demoiselles lors des rencontres.

Lirado : Que pensez-vous des livres de magie ( qui affluent depuis peu) car vous semblez être inspiré sur le sujet ?

Eric Boisset : Le meilleur et le pire se côtoient. Il y a de grands succès mérités ( » A la croisée des mondes « , par exemple) et de grands succès usurpés dont je préfère taire le nom parce qu’ils sont signés de gens procéduriers. Je ne suis pas un grand lecteur de fantastique, mais lorsque j’écris, ma fantaisie me porte à quitter le monde réel pour le monde intermédiaire, celui de la magie où tout peut arriver.

Pour marque-pages : Permaliens.

2 Commentaires

  1. demain Eric boisset vient au college 😛 c’est trop bien c’est le college Jaques prévert d’Albens. 😀

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