Interview : Christophe Léon sur La Vie est belle

christophe-leon

Lirado : Quel a été l’élément déclencheur de cette histoire ? Pourquoi avoir voulu écrire sur ce thème maintenant ?

Christophe Léon : Je ne sais pas si l’on veut écrire sur un thème maintenant… Il se trouve qu’il y a quelque temps s’est produit un certain nombre « d’accidents » dans des entreprises et que celles-ci, mais pas toutes, étaient des entreprises publiques qui changeaient ou étaient en cours de se réformer en adoptant un statut bicéphale public/privé.
Ce n’est pas tant cet aspect technique qui m’intéressait, mais simplement l’idée que parmi les ouvriers, employés ou cadres, qui décidaient de mettre fin à leurs jours sur leur lieu de travail, beaucoup avaient une famille et notamment des enfants petits ou grands. La question que je me suis posée est de savoir quelle réaction face à ce drame, après celles bien naturelles de la douleur et de la peine, pouvaient justement avoir ces enfants.

Lirado : Le rapprochement avec des entreprises comme La Poste ou Orange est pour moi assez clair, c’est, j’imagine, volontaire, donc quel est le message que vous souhaitiez transmettre avec La Vie est belle ?

Christophe Léon : Quant au nom de l’entreprise dans mon livre, Violet Telecom, il est totalement imaginaire. Il représente une sorte d’appellation générique pouvant être remplacée dans la tête du lecteur par des noms plus concrets s’il le souhaite. Mais il ne s’agit pas de stigmatiser telle ou telle société. Le problème est davantage sociétal. Comment concevons-nous le monde du travail, de la compétition à outrance et de la surconsommation ? Comment organisons-nous notre société ? Quels sont nos vrais besoins ? Etc.

Lirado : D’ailleurs pourquoi avoir choisi un titre aussi ironique ? Pouvez-vous nous expliquer le sens que vous lui donnez ?

Christophe Léon : C’est tout simple, le titre m’a été soufflé par une chanson du chanteur belge Arno que j’aime beaucoup et qui s’intitule : Chic Et Pas Cher. Dans un des couplets il est écrit : La vie est belle, Chic Et Pas Cher. Effectivement, chez Arno aussi, l’ironie est sous-jacente. Il faudrait peut-être écrire que La vie serait belle… si…
Il suffirait peut-être d’un peu plus de partage, d’un peu moins de compétition, de changer de mode de penser, de s’intéresser davantage aux gens qu’aux objets, aux liens qu’aux biens. Plus largement, faut-il donner un sens à la vie ? Il me semble que lui donner une direction est déjà assez compliqué.

Lirado : Imaginer Lewis a t-il été compliqué quand on n’a pas soi-même (du moins je suppose) vécu une telle situation ?

Christophe Léon : S’il fallait vivre toutes les vies de nos personnages pour pouvoir les imaginer, nous ne ferions que des autobiographies ou, pire, que des autofictions (genre littéraire nombriliste que je n’apprécie pas vraiment). À contrario, vous, moi, tout le monde vit des expériences multiples et quotidiennes. Les auteurs s’en nourrissent et les retranscrivent à travers leurs livres et leurs héros. Je ne pense pas qu’imaginer Lewis, et plus généralement des personnages de fiction, soit si difficile. Ce qui l’est, c’est de trouver en soi et autour de soi les « aliments » pour façonner, par exemple, un Lewis tel que celui de La vie est belle.
Mais je m’aperçois que tout cela est bien trop sérieux et qu’écrire est avant tout un jeu, plus ou moins conscient, et que mon analyse est a postériori. Si je devais penser à ce genre de chose en commençant un roman, je n’écrirais pas la moindre ligne…

Lirado : Partagez-vous la vengeance qui anime Lewis ? La trouvez-vous juste ou excesive ?

Christophe Léon : Je la partage et je la trouve excessive. L’idée de se venger est, me semble-t-il, naturelle. Ce qui est excessif c’est de mettre à exécution sa vengeance. Question : que ferions-nous à la place de Lewis ?

Lirado : Quel est le côté de Lewis qui vous plait le plus ?

Christophe Léon : J’aurais du mal à vous répondre. Lewis est, pour moi, l’archétype d’une souffrance intérieur qu’on ne peut pas partager et dont il faut se vider, comme d’un abcès. Si je devais tout de même lui trouver un « bon côté » en particulier, je dirai : sa détermination à aller jusqu’au bout sans pour pour autant avoir fait le choix de sa fin. Le côté Dr Jekyll and Mister Hyde, qui est le propre de tout un chacun.

Lirado : C’est le deuxième roman où vous abordez les relations père/fils (cf : Délit de fuite) autour d’un événement marquant et complexe, est-ce un thème qui vous tient à cœur ? Pourquoi ?

Christophe Léon : J’ai eu cinq enfants, dont trois garçons. Les relations père-fils ne me sont donc pas si étrangères, même si je n’ai pas connu d’événements marquants comme ceux auxquels vous faites allusion pour Délit de Fuite et aujourd’hui La vie est belle, mais aussi Dernier Métro dans un contexte et à une époque bien différents. Il existe une telle variété de sentiments et de rapports entre les fils et les pères, qu’il est intéressant d’en aborder quelques-uns au travers des romans.
Le thème qui me tient à cœur est surtout celui de la complexité des relations humaines, qui, me semble-t-il, sont démultipliées à l’adolescence. Raison qui fait que j’écris sur la jeunesse (et non pas pour). D’ailleurs la littérature dite de Jeunesse (en opposition celle dite Générale, que j’appelle littérature de Vieillesse) ouvre et contient, à mon avis, davantage de perspectives que sa grande sœur.

Lirado : Lewis a du mal à se faire à son nouveau « beau-père », j’ai trouvé sa réaction un peu excessive mais en même temps logique, quelle est votre propre opinion par rapport à ça, qui a raison ? Le psy qui lui dit d’accepter ou Lewis ?

Christophe Léon : Lewis, de son point de vue, a raison, et e psy a, lui aussi, raison. Difficile de vous donner mon « opinion », parce que je n’en ai pas. Je constate simplement que la réaction de Lewis peut être considérée comme excessive, ce qui va bien avec le personnage, non ?

Lirado : La Fin de La Vie est belle laisse le lecteur sur sa « faim », à votre avis, en « connaissant » Lewis, pensez-vous qu’il va aller jusqu’au bout ? (je sais les auteurs n’aiment pas trancher…)

Christophe Léon : Oui, il ira jusqu’au bout de ce qu’il aura décidé…
Je dois être comme mes petits copains, je n’aime pas trancher. Les fins plus ou moins ouvertes, où le lecteur est face une incertitude qui l’oblige à se poser des questions, me séduisent davantage (en tant qu’auteur, mais aussi, et plus encore, que lecteur) que des fins où tout est dit.

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *