Interview : Chris Bradford sur Bodyguard

bradford1Chris Bradford est le nouvel auteur phare des éditions Casterman. Auteur d’une trilogie consacrée à l’histoire d’un jeune Samouraï : Young samouraï, il a lancé en mai 2013, au Royaume-Uni, sa nouvelle série, Bodyguard, mettant en scène un adolescent garde du corps : Connor Reeves.

Presque deux ans après le premier tome anglais, nous avons donc le plaisir, en France, de découvrir la très dynamique série Bodyguard. Pour le lancement de cette série qui s’annonce déjà à succès, Chris Bradford a fait le déplacement en France, à Paris. Interviews, rencontres avec de jeunes lecteurs, tournage d’une vidéo…étaient notamment au programme !

La rencontre se passe dans le café d’un hôtel tranquille du centre de Paris. Chris Bradford est accompagné de sa traductrice et de son attachée de presse. C’est un de mes premiers interviews en direct (d’habitude, je les fais par mail) alors je suis un peu impressionnée.
Et puis, si je vous disais qu’il a suivi une formation de garde du corps pour écrire sa série et amener avec lui une canette de coca-cola qui est en fait une mini-caméra, vous en penseriez quoi ?

Rencontre avec cet auteur qui d’emblée vous met à l’aise (et ce n’est pas ironique ^^) pour parler de sa série Bodyguard, bien sûr, mais aussi de cette formation de garde du corps. Il n’y a pas à dire, Chris Bradford est un auteur qui s’implique à 200% dans ses livres !

Lirado : Pour commencer, pourquoi Bodyguard est, selon vous, une série différente des autres ?

Chris Bradford : Et bien je pense que ce que les adolescents apprécient le plus dans ma série Bodyguard mais aussi dans le métier de garde du corps c’est d’apprendre ce qu’il faut regarder, ce qu’il faut vérifier et savoir comment on fait pour protéger quelqu’un. Pour moi, c’est ce qui rend  Bodyguard  différente des autres séries. Ce ne sont pas des espions, ce sont des gardes du corps. 

Lirado : A propos d’espionnage, Bodyguard m’a beaucoup fait penser à la série Chérub de Robert Muchamore, est-ce que ça a été une influence, une source ?

Chris Bradford :  Oui je connais Robert Muchamore. Ce n’est pas un ami, plutôt une connaissance. Mais en fait, mon inspiration ne vient pas vraiment de Chérub mais plutôt de la trilogie Hunger Games de Suzanne Collins. C’est vraiment le point de départ de Bodyguard parce qu’Hunger Games raconte l’histoire d’enfants qui tuent d’autres enfants, mais moi, comme je suis plus moral, je voulais raconter une histoire d’enfants qui protègent d’autres enfants!
Mais ma véritable idée de base, elle vient en faite d’une phrase entendue à la radio et qui disait : « Les meilleurs garde du corps sont ceux que personne ne remarque ».

Lirado : Et c’est donc de là qu’est venue l’idée des enfants pour la série ?

Chris Bradford : Oui, évidemment, ce serait les meilleurs gardes du corps. Et puis, pour en revenir à votre question sur ce qui rend différent Bodyguard des autres séries, c’est qu’il n’y avait jusqu’ici aucune série qui raconte l’histoire de gardes du corps. Il y a bien sûr des espions : Alex Rider, Chérub, mais il n’y avait pas de série avec des gardes du corps. C’est tout neuf !

Lirado : Je voudrais qu’on revienne sur la formation de garde du corps que vous avez suivi. Je me demandais : Est-ce que ça a été difficile comme expérience ? Et aussi, qu’est-ce que les formateurs ont pensé de votre démarche ?

Chris Bradford :  C’étaient les trois meilleures semaines de ma vie ! Mais c’étaient aussi les plus difficiles ! Les techniques que j’ai apprises allait du tir aux armes à feu à la conduite en situation d’urgence, en passant par la recherche de menaces dans un endroit et la pratique des arts martiaux.
Bien sûr j’étais le seul auteur du groupe, les autres c’étaient des policiers ou des militaires. Il y avait à la fois des hommes et des femmes. Comme j’ai fais des arts martiaux pendant presque toute ma vie, j’avais quand même un avantage qui m’a permis de suivre les cours.
Cela dit, mon formateur était surpris que j’arrive au bout de la formation et que je passe le test à la fin alors que je n’avais aucun entraînement militaire ou policier !

Lirado : Et ce test, vous l’avez réussi alors ?

Chris Bradford : Oui je l’ai réussi. Mon formateur m’a même dit que si je voulais, je pourrais trouver un travail de garde du corps à un haut niveau. Mais je préfère être auteur !
Personnellement par contre, j’ai déjà eu un garde du corps à mon service. C’était lors de mon premier séjour à Paris, pour dédicacer à la Fnac mes livres Young Samouraï. En plus, j’avais avec moi un sabre. Donc ils m’ont assigné un garde du corps ! Après, est-ce que c’était pour me protéger moi ou plutôt les autres de mon sabre, je ne sais pas !

bradford3Lirado : Et ceux qui étaient formés avec vous, que pensaient-ils de votre projet ?

Chris Bradford : J’ai été très franc. Je leur ai expliqué que c’était mon travail, que comme eux qui avaient besoin d’apprendre ça pour leur travail, c’était aussi mon cas pour le mien, qui est d’écrire. Et à partir du moment où ils ont compris qu’ils pouvaient plaisanter avec moi sur ça, tout s’est très bien passé.

Lirado : Du coup, pour vous, en quoi était-ce essentiel de vous mettre totalement dans la peau d’un garde du corps, pour écrire vos livres ?


Chris Bradford :
  Premièrement, parce que je crois que les jeunes lecteurs se rendent tout de suite compte si on affabule ou si on raconte n’importe quoi. Maintenant ils veulent vraiment des histoires qui sonnent vraies.
Deuxièmement ça me permet, lorsque je vais dans des écoles pour faire des rencontres, de leur montrer ce que c’est réellement d’être un garde du corps. ça rend les rencontres vraiment beaucoup plus intéressantes !
Et enfin, la troisième et dernière raison pour laquelle j’ai suivi cette formation, c’est parce que je trouvais ça vraiment très amusant !

Lirado : Pouvez-vous nous dire s’il y a de grandes différences entre ce que vous pensiez du métier de garde du corps, et la réalité ?

Chris Bradford : Oui j’ai vraiment appris énormément de choses que j’ignorais sur ce métier. Déjà, j’ai découvert que c’était bien plus fatiguant que je ne l’imaginais, beaucoup plus dur. Et aussi, l’image qu’on a du garde du corps, de la grosse baraque de muscles qui ne réfléchit pas beaucoup, est complètement fausse parce qu’ils doivent être très intelligents et très conscients de ce qu’il se passe autour d’eux.

Lirado : Et est-ce que vous avez fait d’autres recherches pour écrire votre série ? Par rapport à la Maison Blanche par exemple dans le premier tome ?

Chris Bradford : Pour L’Otage, le premier tome de Bodyguard je suis en effet allé aux Etats-Unis et en particulier à Washington où j’ai pu visiter la Maison Blanche. Ce n’est plus possible aujourd’hui, mais moi j’ai pu le faire.
Pour le deuxième livre, qui parle de pirates, il était question de la voile, de la navigation. Je me suis donc renseigné la dessus.
Et pour le troisième livre qui se passe en Afrique, j’avais déjà visité auparavant le Zimbabwe et je savais donc déjà un peu ce qu’était l’Afrique.

Lirado : Justement, pourquoi la première mission de Connor se déroule aux Etats-Unis, à la Maison Blanche avec un président, sa fille…. C’est vraiment une mission très importante, alors que Connor n’est qu’un débutant : pourquoi avez-vous fait le choix de le placer tout de suite dans une telle situation ?

Chris Bradford : Trois raisons. D’abord parce que ça donne une histoire fantastique et très passionnante puisqu’il faut être un héros dans la plus difficile situation possible pour un garde du corps. Et puis il y avait cette question du père de Connor qui avait lui même protégé le président des années auparavant alors qu’il n’était qu’ambassadeur. Il y avait cette relation entre eux, cette histoire de confiance.
Enfin, dans le monde actuel, l’idée que la fille du président des Etats-Unis soit enlevée semble très probable.

Lirado : Combien de temps vous a pris l’écriture de ce premier tome de Bodyguard ?

Chris Bradford : Alors j’ai eu l’idée dans une voiture ( ce n’est pas moi qui conduisais je vous rassure) et j’ai couché sur le papier le concept en une heure à peu près. Mais j’ai attendu deux – trois ans avant de m’y lancer vraiment car je devais finir Young Samouraï. Et ensuite, j’avais six mois pour écrire mon livre, pas plus, et le remettre à mon éditeur. Donc, en tant qu’auteur, je n’avais pas le choix. C’était un accord avec l’éditeur.

Lirado : Y a t-il eu des passages plus difficiles à écrire que d’autres ?

Chris Bradford : L’idée de base c’est toujours très excitant et c’est ce qui vient le plus vite. Ensuite, faire des recherches, ça aussi c’est intéressant, amusant. Le début d’un roman c’est comme le début d’un marathon : c’est fatiguant mais assez excitant. Finir c’est incroyable. Mais alors entre les deux, ça c’est vraiment dur !

Lirado : Vous aviez un plan pour vous guider au cours de l’écriture ?

Chris Bradford : Oui, je fais toujours un scénario avec beaucoup de détails avant de vraiment commencer à écrire. C’est une esquisse que je suis mais je peux changer en cours de route.

bradford4Lirado : Et y a t-il eu des changements importants justement par rapport à votre plan ?

Chris Bradford : Oui, en fait, il y a souvent des personnages qui viennent alors que je ne m’y attendais pas. Et dans le troisième Bodyguard il y a même un certain nombre de retournements de situation que je n’avais pas du tout prévu.

Lirado : Comment créez-vous vos personnages ?

Chris Bradford : Et bien en fait ils ont d’abord un nom. J’essaye que ce soit le nom le plus juste possible, celui qui corresponde le mieux à mon personnage. Puis je m’intéresse à leur nationalité. Je cherche à avoir le plus large éventail possible de nationalités. Bien sûr j’ai un Anglais, mais il y a aussi une Chinoise, un Français… Ensuite, je cherche des images pour illustrer mon personnage, sur internet. Ce sont parfois des stars mais pas toujours. A partir de ces photos j’essaye de me faire une idée mentale de mes héros.

Lirado : Donc pour Connor, vous aviez une célébrité en tête par exemple ?

Chris Bradford : Alors pour Connor je n’ai pas envie de le dire ! Mais Charley, la jeune fille dans le fauteuil roulant est elle inspirée d’une vraie athlète, d’une vraie surfeuse, qui a aussi eu des problèmes.

Lirado : Et du côté du caractère de vos personnages, aviez-vous d’emblée une idée ou est-ce venu au fur et à mesure de l’écriture ?

Chris Bradford : Oui, ça vient plutôt petit à petit, à partir d’une phrase qu’ils disent ou d’une action qu’ils font au fil de l’histoire.

Lirado : Chez Connor, quel aspect de sa personnalité aimez-vous ?

Chris Bradford : Sa détermination, son refus d’abandonner, c’est vraiment quelqu’un que j’aurais adoré être lorsque j’étais adolescent. Mais il a aussi un côté plus vulnérable qui le rend plus réel, selon moi.

Lirado : Pour en revenir à la première mission de Connor, on voit qu’il est seul pour la réaliser. Est-ce que dans les missions suivantes, d’autres membres de l’équipe vont le rejoindre ?

Chris Bradford : Oui, dans le deuxième tome par exemple, Ling va jouer un rôle très important. Et puis, dans chaque livre, il y aura toujours un autre membre de l’équipe qui aura plus d’importance que les autres. Par exemple, pour le cinquième, ce sera Marc, le Français.

Lirado : Combien de livres envisagez-vous d’écrire pour la série Bodyguard ?

Chris Bradford : A priori il y en aura six. C’est ce que j’ai prévu en tout cas. Chacun peut être lu séparément car ils racontent chacun une histoire différente mais il y a tout de même une intrigue transversale qu’on ne découvre qu’en lisant les tomes dans l’ordre.

Lirado : Et si les lecteurs en souhaitent plus ?

Chris Bradford : J’ai une idée pour un septième livre mais les éditeurs aimant savoir où on va, j’ai donc décidé six livres pour l’instant, mais il faut toujours garder une porte ouverte !

bradford2Lirado : Alors j’aimerais élargir un petit peu l’interview et vous demander quel lecteur vous étiez adolescent, quels types de livres lisiez-vous ?

Chris Bradford : J’étais vraiment un très très grand lecteur. Je dévorais un peu n’importe quoi : Roald Dahl, Le Livre dont vous êtes le héros, des romans fantastiques…Je lis depuis toujours, c’est vraiment important pour moi. Mais les films sont aussi très importants dans ma culture. J’avais un grand – père dans l’industrie du cinéma et lorsque j’écris, j’essaye d’écrire des livres qui soient très cinématographiques. Par exemple, la plupart de mes livres commencent par une scène d’action très marquée comme certains films qui commencent tout de suite.
Personnellement aujourd’hui, je lis énormément de livres d’action comme Ne le dis à Personne d’Harlan Coben que j’ai vraiment apprécié.
En fait, quand j’ai commencé Bodyguard, je voulais écrire des thrillers pour adultes mais adaptés à des adolescents.

Lirado : Est-ce qu’il y a des livres ou des films en particulier qui influencent votre écriture ?

Chris Bradford : L’auteur qui m’a le plus influencé c’est Stephen King. Le roman qui m’a le plus effrayé chez lui c’est ça. Mais lorsque j’ai commencé à écrire j’ai lu son livre Écritures. C’est LE livre qui m’a appris à écrire. Je le recommande à tout ceux qui veulent apprendre à écrire. Mais il y a aussi John Steinbeck avec Des Souris et des Hommes.

Lirado : Est-ce que vous même vous lisez de la littérature pour adolescents ?

Chris Bradford : Oui j’en lis beaucoup. Non pas tant pour voir ce que font mes « rivaux » mais pour être dans l’ambiance, pour garder un lien avec ce genre d’écriture, de littérature.

Lirado : Et qu’en pensez-vous de cette littérature ?

Chris Bradford : Parfois c’est difficile de lire parce que je n’arrête pas de me dire : moi je n’aurais pas écris ça comme ça, j’aurais raconté ça différemment. Mais lorsque je suis vraiment plongé dedans, que je ne pense plus à autre chose, ça signifie que c’est un vrai bon bouquin.

Lirado : Avez-vous vu une évolution de cette littérature par rapport à l’époque où vous étiez
adolescent ?

Chris Bradford : Oui énormément. ça a beaucoup évolué, c’est allé bien plus loin, ça a dépassé les limites. Dans mes propres livres, je veux qu’ils soient passionnants, excitants, avec beaucoup d’actions, mais aussi qu’il y ait une certaine moralité, qu’on apprenne quelque chose. Je pense que ce qui plait aux lecteurs de mes livres c’est que je ne « m’abaissent » pas à leur niveau pour écrire, c’est eux qui montent à mon niveau en me lisant. Ils aiment apprendre des nouvelles choses, ils aiment les surprises que l’histoire réserve.

Merci à Chris Bradford d’avoir répondu à mes nombreuses questions et merci à Brigitte Gautrand, des éditions Casterman de m’avoir proposé cette rencontre.

Bodyguard, T1 : L’Otage : découvrez la chronique de Lirado !

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