Interview : Brigitte Burlot

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Lirado : Depuis quand écrivez-vous ? Qu’aimez-vous dans l’écriture ?

Brigitte Burlot : C’est à l’école que j’ai commencé à « écrire » : l’instituteur nous demandait d’imaginer et d’écrire la suite de l’histoire que nous avions commencée à lire en classe. J’aimais beaucoup ça. Plus tard, j’ai écrit des nouvelles humoristiques où je mettais en scène mes camarades. Je les leur lisais le soir au dortoir. Il y a six ans, j’ai écrit un essai sur le jeu, puis j’ai travaillé chez un éditeur de livres jeunesse pour lequel j’ai écrit ou adapté des livres destinés aux plus jeunes.
J’aime en général les émotions que je ressens en écrivant, et si je réussis à les faire partager au lecteur, le but est atteint. J’aime en particulier écrire pour les enfants, camper pour eux un personnage ou une situation drôle, je m’amuse vraiment.

Lirado : Comment vous est venue l’idée de créer l’histoire de Reg ?

Brigitte Burlot : C’est peut-être à Roald Dahl que je dois l’idée de Reg. J’aime tous les livres de Roald Dahl, et Matilda en particulier, cette petite fille surdouée dont le cerveau – sous-exploité – développe d’étranges pouvoirs.

Lirado : Le premier tome de Reg a parfois été critiqué comme ressemblant énormément à Harry Potter (même genre de lieu, similitudes diverses, un professeur soupçonné dans l’histoire…) qu’avez-vous à répondre ?

Brigitte Burlot : Pour tenter de faire court, je vous répondrai qu’en littérature on ne réinvente pas le licol ou la roue et que les auteurs créent en s’inspirant les uns les autres, qu’ils en aient conscience ou pas. Mais Harry Potter a rencontré un succès si monumental qu’il est devenu en quelque sorte l’Archétype. Ainsi, tous les livres jeunesse de SF qui paraissent aujourd’hui sont mesurés à l’aune de Harry Potter, comme si aucun livre n’avait existé avant lui et que Rowling avait tout inventé ex nihilo. Certains critiques semblent eux-mêmes frappés d’amnésie. On en arrive à un point où plus un livre s’éloigne de Harry Potter et de son univers, plus certains prescripteurs vont l’encenser et vanter comme un seul homme son « originalité ». Même les inspirateurs de Rowling, en tout cas ses prédécesseurs, et cela sans égard pour leur style ou leur humour, sont soupçonnés à leur tour d’avoir « imité » Harry Potter. J’ai pu lire ainsi sur certains sites que Horowitz s’était inspiré de Rowling pour écrire l’Île du crâne et Maudit Graal, alors même que les aventures de David Eliot sont parues des années avant le premier tome de Harry Potter. Votre interview de Sophie Audouin Mamikonian est aussi révélatrice sur ce point.

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Pour Reg, je n’ai pas voulu écrire en évitant à tout prix Harry Potter, j’ai même choisi de rester moi-même sans me brider, et par là même je suis restée originale. Je fais partie en effet de ces adultes qui aiment HP : quand j’ai lu le premier tome, la reconnaissance a été si forte qu’il m’a semblé découvrir une histoire que je connaissais déjà. Cela a été un coup de foudre si vous voulez, coup de foudre que je n’ai pas ressenti en lisant d’autres auteurs mieux « classés » par les critiques. Je m’explique en partie cette reconnaissance par le fait que, au-delà de la magie et de ce qui fait le charme si singulier de Harry Potter, l’univers que Rowling met en scène et les thèmes qu’elle développe appartiennent aux enfants avant d’appartenir à un auteur. Ainsi Reg est-il lui-même un orphelin qui part étudier dans une école spéciale dirigée par un directeur bienveillant, c’est ici que commence et s’arrête la similitude avec HP, c’est une similitude de cadre. Et ce cadre, c’est aussi le mien, je veux dire que je ne crois pas que le destin de Reg aurait été changé si Harry Potter n’avait pas existé. Sur le fond, Reg est un roman dont l’intrigue est originale et dans lequel les enfants se retrouvent facilement : ils quittent le monde des sorciers tout en restant chez eux. Aujourd’hui, Reg est placé en coup de cœur par des libraires qui, croyez-le bien, connaissent Harry Potter aussi bien que vous et moi.

Lirado : De quoi vous êtes-vous inspirée pour créer votre histoire et les personnages ?

Brigitte Burlot : Au-delà de mes lectures, celles dont je me rappelle et toutes celles que j’ai oubliées et qui m’auront sans doute inspirée à mon insu, je me suis inspirée de ma propre expérience : de lieux existants ou de personnes que j’ai connues ou croisées un jour. Ainsi, le personnage de Violaine Vitruve, par exemple, existe-t-il vraiment. C’est effrayant, mais c’est vrai. Oh, pas à ce stade – fort heureusement – mais… presque ! Je me suis rappelé aussi mes années au pensionnat où, comme dans l’orphelinat de Reg par exemple, on nous réveillait en ouvrant tout grand les fenêtres du dortoir avant même que nous soyons sorties du lit, même l’hiver, même s’il faisait –10 °C dehors, sous prétexte d’aérer le dortoir. Nous portions de drôles d’uniformes et nous n’évoluions pas dans un château comme l’école de Reg, mais dans un grand cloître d’un autre âge, etc. La réalité dépasse toujours la fiction et ce type d’expérience reste une source inépuisable d’inspiration. Je précise d’ailleurs que cela se passait bien en France, et non en Angleterre, puisqu’on a reproché aussi à Reg d’être dans une école anglaise. Ce doit être à cause des noms je suppose.

Lirado : Quel est l’aspect qui vous plaît le plus chez Reg ?

Brigitte Burlot : Sans aucun doute son côté chevalier des temps modernes, j’aime beaucoup les valeurs chevaleresques.

Lirado : Vous identifiez-vous à l’un de vos personnages ? Si oui, lequel ?

Brigitte Burlot : J’hésite entre Violaine Vitruve et Octavia Schölz… Non, en réalité je ne m’identifie à aucun de mes personnages, mais il y a beaucoup de moi dans certains personnages.

Lirado : Combien de Reg prévoyez-vous ?

Brigitte Burlot : Au moins 3.

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Lirado : Que va t-il se passer dans le deuxième tome ?

Brigitte Burlot : Les non-télépathes vont jouer un rôle plus important.

Lirado : Le premier tome de Reg se vend-il bien ?

Brigitte Burlot : Il est encore peu diffusé pour le moment, mais là où il l’est, il se vend plutôt bien, car les libraires l’ont lu et le conseillent.

Lirado : Qui lit vos livres en premier ?

Brigitte Burlot : Mes proches. Parmi eux, il y a des enfants et ce sont mes meilleurs critiques.

Lirado : Avez-vous d’autres projets en tête ?

Brigitte Burlot : Des nouvelles, des nouvelles humoristiques pour les enfants.

Lirado : Enfin, question très habituelle sur lirado : avez-vous des conseils d’écriture ?

Brigitte Burlot : Avant d’écrire, j’écoute toujours un peu de musique, les mots arrivent plus vite après. Lire un poème aussi, ça aide. Prenez du plaisir à écrire, le lecteur aura du plaisir à vous lire. Si en décrivant une situation comique vous vous amusez, c’est déjà gagné. La description des personnages est importante aussi, les enfants adorent ça, il ne faut jamais négliger ses personnages. Pour finir, ne laissez jamais les grincheux, les indifférents et les critiques détruire votre créativité. Continuez d’écrire et croyez en vous.

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