Interview : Arthur Ténor sur Un Prof en enfer

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Lirado : Comment avez-vous eu l’idée de ce livre et pourquoi avez-vous eu envie de l’écrire ?

Arthur Ténor : En 2006, j’ai été invité à rencontrer des élèves d’une classe de 3ème, dans un collège de La Seyne-sur-Mer (Henri Wallon). Je n’étais pas aussi détendu que d’ordinaire, car on m’avait annoncé que je me rendais dans une zone « difficile » où les problèmes divers et variés étaient légion et quotidiens. Du coup, comme mon prof en enfer, je m’attendais plutôt au pire qu’au meilleur. La vérité, c’est que ce fut une expérience réellement étonnante et positivement marquante, au point que cela m’a donné envie d’écrire un roman.
En deux mots, j’ai rencontré des adolescents dont le comportement, tout en restant vif et spontané, était d’une maturité réellement inattendue. Comme je l’écris dans une note à la fin du livre «  Ils recevaient un invité et ils surent lui prouver un intérêt sincère, lui manifester un vrai respect, lui accorder une réelle écoute. » La clé était là, le respect. Ils avaient tout compris du sens concret de ce mot dans les relations humaines. Pourquoi ? Comment cela s’explique-t-il ? J’invite les visiteurs de votre site à le découvrir dans Un prof en enfer.

Lirado : Comment est né le personnage d’Antoine Vachet dans votre esprit et comment avez-vous fait pour l’imaginer, lui donner vie ?

Arthur Ténor : Comme pour tous mes héros, les gentils comme les autres, je fais tout mon possible pour me mettre à leur place. Mais avant cela, il faut leur donner une apparence physique, un caractère, un passé… bref leur donner vie, comme si je les avais réellement connus. Concernant Antoine Vachet, j’ai voulu un prof aussi banal que possible. Ni trop ceci ni trop cela… Un jeune prof qui débarque de sa province, vulnérable parce qu’il n’a pas été formé à gérer des relations tendues ou conflictuelles, voire de la violence, mais pour enseigner le français. Il devait quand même avoir une faiblesse cachée, sa sensibilité, et un léger complexe d’enfance qui constituait un point de fragilité sur lequel il savait que des esprits retors pourraient appuyer pour lui faire mal.

Lirado : Votre livre casse les préjugés sur les classes ZEP, pensez-vous qu’on en fait « un peu trop » sur ces élèves ?

Arthur Ténor : Franchement, je ne sais pas. Parfois oui, car il est des collèges difficiles où l’on travaille aussi bien qu’ailleurs, et d’autres fois, la réalité dépasse la fiction. En tant qu’auteur intervenant, j’ai eu l’occasion d’aller dans des établissements où il n’est pas exagéré de dire qu’un enseignant risque plus que sa santé en allant travailler. Ce que je peux simplement dire, c’est qu’il ne faut, comme en tout autre chose, préjuger de rien, ou plutôt ne désespérer de rien. Ce que tente de montrer l’expérience d’Antoine Vachet, c’est que dans des classes où la pédagogie « classique » est en échec, si on s’y prend différemment, si on fait preuve d’un peu d’audace et d’inventivité, bref d’intelligence, on peut obtenir des résultats spectaculaires. Ceux-ci ne sont évidemment jamais acquis, jamais assurés, jamais parfaits, mais cela vaut le coup de tenter de « faire autrement ».

Lirado : Avez-vous rencontré des difficultés dans l’écriture de ce livre ?

Arthur Ténor : N’étant pas enseignant, je craignais de ne pas être assez près des réalités quotidiennes d’un établissement d’aujourd’hui. Mais c’est mon travail de romancier. Je n’ai jamais fait la guerre, et je l’ai pourtant racontée. Je n’ai jamais été confronté à une injustice et j’ai pourtant écrit des récits d’injustice…

Lirado : Vous a-t-on aidé dans la rédaction de ce livre, et si oui, sur quels points ?

Arthur Ténor : Oui, et c’était très important. Je dois remercier Mme Christine Faller (l’une des enseignantes à l’origine de la première mise en œuvre d’une classe Défense globale) qui m’a apporté un regard professionnel très pertinent et a réalisé le document annexe sur l’expérience des classes « Défense globale », en fin d’ouvrage. Il était important dans les références et autres détails administratifs et autres que je ne commette pas d’erreur.

Lirado : Le retournement de situation final est très inattendu, est-ce que vous y avez pensez dés le début de l’écriture de ce livre ?

Arthur Ténor : Absolument. Je n’en dirai pas plus. J’en profite juste pour dire au lecteur de cet entretien que s’ils souhaitent lire Un prof en enfer, ils devront vraiment aller jusqu’au bout avant de se forger la moindre opinion.

Lirado : Enfin, est-ce que vous auriez aimé, dans une autre vie, être professeur ?

Arthur Ténor : Je l’ai été, en Primaire, puis en écoles de commerce. Mais c’est très différent de ce qu’on peut vivre dans les collèges actuels, d’autant que j’avais des jeunes gens plutôt motivés et assez mûrs pour, en principe, savoir respecter leurs professeurs. En principe, car la notion de respect, si elle n’a pas été acquise et faite chair dès le plus jeune âge, cela se traduit par bien des désagréments pour autrui. Pour conclure, je dirai que l’écriture de ce roman a renforcé en moi la conviction que le RESPECT est la valeur souveraine de l’humanisme. Si ce mot était au cœur de toute pensée et de tout acte, rendez-vous compte, ce serait… allez, j’ose : le paradis sur Terre ! En attendant, cultivons notre jardin et préservons-nous des préjugés.

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