Interview : Andréa Cremer sur Le Secret de l’inventeur

cremer2Andréa Cremer, auteur d’une série plutôt ancrée dans l’univers de la bit-lit avec Nightshade, a récemment publié aux Etats-Unis puis en France, le premier tome d’une trilogie steampunk et uchronique : Le Secret de l’inventeur.

L’histoire se passe au 19ème siècle, dans un monde où la révolution pour l’Indépendance des Etats-Unis a échoué. Charlotte, l’héroïne, est la fille de révolutionnaires et rêve d’être plus indépendante. Le jour où elle sauve un garçon amnésique de machines destructrices, son monde bascule. En effet, Charlotte, son frère Ashley, son amie Meg, le garçon amnésique, ainsi que Jack décident de se rendre à la surface, à New-York, pour obtenir des réponses et faire accélérer le processus de révolte qui couve depuis longtemps…

A l’occasion du Salon du livre de Paris qui s’est tenu du 20 au 23 mars 2015, Andréa Cremer était présente. L’occasion pour Lirado d’aller à sa rencontre et de découvrir cette auteur pétillante et enthousiaste qui répond volontiers à toutes nos interrogations sur Le Secret de l’inventeur et son univers…

Lirado : Cette interview commence de façon traditionnelle avec l’indémodable question : comment avez-vous eu l’idée de cette trilogie ?

Andréa Crémer : En fait cette idée m’est venue alors que je me rendais chez un ophtalmologue. En voyant les machines très variées et un peu impressionnantes qui existaient pour mesurer ma vision, pleines de lentilles, de leviers, d’engrenages, j’ai été fascinée. A partir de là, j’ai eu envie d’écrire une trilogie steampunk car j’avais le sentiment d’être plongée dans un autre monde. J’avais en tête d’écrire quelque chose qui mettrait en scène un scientifique fou parmi tous mes personnages.
Par ailleurs, comme à l’origine je suis professeur d’histoire ( j’ai enseigné dans une université Américaine), le steampunk me permettait d’allier mes deux passions : la fantasy et l’histoire !

Lirado : Et justement, est-ce que vous lisez ou avez lu beaucoup de romans steampunk, ou voyez-vous des films dans ce genre là ?

Andréa Cremer : Non je n’en ai pas beaucoup lu car lorsque je décide de me lancer dans un genre, j’ai peur de me laisser influencer par ce qui existe déjà. Du coup je ne lis et ne regarde pas trop ce genre de romans ou films. J’ai besoin de garder les idées claires et de rester originale.
Cependant il y a un film que j’ai adoré c’est La Ligue des gentlemen extraordinaires, qui est un comics et dans lequel Sean Connery joue. Et puis j’ai aussi énormément aimé Penny Dreadful, qui est une série. Mais je l’ai vu après avoir écrit le premier tome de Le Secret de l’inventeur !

Lirado : Le Secret de l’inventeur est aussi une uchronie. Pourquoi avoir voulu mélanger les deux
genres ?

Andréa Cremer : L’idée est liée à mon métier de professeur et de chercheuse en histoire. Avoir la possibilité de réécrire l’histoire m’intéressait énormément. Mais au delà de ça, j’avais envie que le steampunk en lui-même soit plus qu’accessoire dans ma trilogie. Je voulais que cela ait plus de sens. Du coup j’ai décidé d’anticiper et au lieu d’écrire une histoire dans laquelle tout commence au 19è siècle ou au début du 20ème siècle, comme beaucoup d’autres livres, j’ai décidé d’ancrer ma trilogie à l’époque des guerres napoléoniennes, d’avoir une partie de ces guerres qui joueraient un rôle dans l’histoire et enfin d’enlever la peur des Etats-Unis dans les paramètres de mon récit.
En effet, je crois que le fait que les Etats-Unis se soient créés à ce moment là de l’Histoire, contre l’Angleterre, est vraiment très profondément inscrit dans l’identité américaine et je me disais qu’il serait intéressant de mener mon histoire à un moment où l’identité américaine ne se serait pas créée, puisque les Américains auraient échoué dans leur libération de l’emprise des Anglais.

Lirado : Est-ce que vous avez eu besoin de faire des recherches ?

Andréa Cremer : Pour ce qui concerne l’histoire américaine, c’était un sujet assez familier pour moi mais par contre je ne connaissais pas très bien tout ce qui touche aux guerres napoléoniennes, les différents conflits dans toute l’Europe à la fin du 18ème siècle et au début du 19ème siècle. J’ai donc du centrer mes recherches sur tout ce qui touchait à l’Europe, à la manière dont la France, l’Angleterre et l’Espagne s’affrontaient, non seulement en Europe mais aussi au sein de leurs colonies, dans le monde, pour gagner des territoires.

cremer3Lirado : Votre précédent série, Nightshade, mettait en scène une héroïne. C’est à nouveau le cas dans Le Secret de l’inventeur. Est-ce délibéré ?

Andréa Cremer : Oui, en effet, ça a un sens. Je reconnais être féministe et quand j’étais jeune, puis au fur et à mesure que je grandissais, j’aimais énormément les images de femmes fortes. En littérature, j’appréciais énormément Eowyn, une femme elfe dans Le Seigneur des Anneaux. Aussi, quand je suis devenue écrivain, je voulais qu’il y ait plus de femmes comme elle, au centre de mes histoires. Mais j’avais aussi envie que ces femmes soient complexes, qu’il y ait plusieurs couches de sens dans leur caractère. Comme mes lecteurs sont jeunes, j’ai envie qu’ils se reconnaissent dans l’expérience de mes héroïnes, s’identifient et s’inspirent d’elles.

Lirado : Comment présenteriez-vous Charlotte à quelqu’un qui n’a pas lu Le Secret de l’inventeur, pour lui donner envie de découvrir cette héroïne ?

Andréa Cremer : Charlotte est jeune, passionné, dynamique mais aussi une petite soeur qui a prit l’habitude de ne pas être beaucoup surveillée par son frère Ashley, tout en étant aussi, sous sa protection !
Dans Le Secret de l’inventeur, Charlotte va essayer de sortir de l’ombre de son grand-frère.
Par ailleurs, c’est aussi une jeune fille intelligente et courageuse mais aussi très impulsive !

Lirado : Est-ce que c’est une héroïne qui vous ressemble à cet âge là ou pas du tout ?

Andréa Cremer : Oh non pas du tout ! En fait j’étais l’aînée de ma famille. J’avais un plus jeune frère et j’avais tendance à être très sage, à faire ce que les gens attendaient de moi, à ne pas faire de vagues. J’aurais aimé être plus impulsive comme Charlotte qui a parfois des ennuis à cause de ce qu’elle tente de faire, mais en même temps s’amuse énormément. J’aime l’esprit d’aventure qui entoure Charlotte.
Par contre, maintenant que j’ai vieilli, je crois que je ressemble plus à Charlotte maintenant que lorsque j’étais jeune !

Lirado : Avez-vous un personnage préféré ?

Andréa Cremer : J’adore Linette, c’est vraiment un personnage que j’apprécie énormément. Dans mes histoires, il y a toujours un petit rôle qui au départ doit rester secondaire et prend petit à petit de l’importance. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Linette. ça m’a un peu pris par surprise. Certes Charlotte est courageuse mais Linette représente plus la personne que j’aimerais être. C’est quelqu’un qui sait se sortir de toutes les situations, qui dit ce qu’elle pense et ne force jamais les autres à lui obéir. Son histoire est fascinante et comme j’invente mon propre roman au fur et à mesure que je l’écris, je suis curieuse de découvrir où Linette va aller et comment elle va évoluer.

Lirado : Combien de temps vous a pris l’écriture de ce premier tome ? La trilogie est-elle écrite dans son intégralité ?

Andréa Cremer : C’est un peu compliqué !  Le tome 1 a prit 6 mois, ce qui est le temps normal que je mets à écrire en général un roman. J’écris vite et je passe mes journées à écrire. Mais pour le deuxième tome, ça a été plus difficile et plus long. J’ai mis un an car je suis tombée malade au milieu de la rédaction. J’ai du m’arrêter avant de pouvoir reprendre. Mais c’était compliqué car j’ai tendance à me laisser complètement happer par le premier jet, à ne pas faire autre chose que d’écrire toute la journée jusqu’à ce que le premier jet soit terminé. Et là, ma manière habituelle d’écrire a été totalement bouleversée. J’ai eu du mal à retrouver le chemin, à me remettre dans le tome 2, dans son histoire. Mais j’ai fini par y arriver !
Là, je suis en train de commencer l’écriture du 3ème et dernier tome.

Lirado : Si j’ai bien compris, vous n’avez pas de plan pour vous guider au fil de l’histoire, mais avez-vous une description précise des lieux, des personnages ? Comment écrivez-vous ?

Andréa Cremer : Oui c’est exact, je n’ai pas de plan prévu. J’écris au fil de la plume, au fur et à mesure de mon inspiration. Mais j’ai quand même une idée assez forte de mon arc narratif, ce que je prévois de raconter, dans les grandes lignes. Je sais comment ça va commencer, ce qu’il va se produire en gros et comment ça va se terminer mais le chemin que je vais prendre pour aller d’un événement à un autre est une surprise à chaque fois. J’invente à chaque moment où j’écris et je n’arrive pas à écrire une intrigue très précise avant de me lancer vraiment dans l’écriture du livre.
Cela dit, j’ai quand même des notes que j’écris dans une sorte de journal et dans lequel je tiens les comptes : qui sont les personnages ? quelle est leur personnalité ? et aussi une chronologie des événements pour ne pas que je m’emmêle les pinceaux !
J’adorais écrire mes intrigues d’avance mais c’est pour le moment totalement impossible !

cremer1Le Secret de l’inventeur, T1 : Rébellion : découvrez la chronique de Lirado !

secret-inventeur

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.