Et mes yeux se sont fermés de Patrick Bard

yeux-fermesAge : 12 – 15 ans, 15 ans et +
Éditeur : Syros jeunesse (2016)
200 pages

Note : 5 Stars

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Maëlle s’est radicalisée en quelques mois sur les réseaux sociaux. Un jour, elle a quitté Le Mans pour rejoindre Raqqa, en Syrie. Pourtant, quelques mois plus tard, elle est de retour en France, enceinte et ne répondant plus qu’au prénom d’Ayat. Elle est rentrée pour le bébé et parce qu’elle avait peur, mais l’idéologie de Daesh continu d’imprégner son existence. Autour d’elle, tous ceux qui l’ont connue, l’ont vu changée ou ont partagé son quotidien en Syrie témoignent et offrent un nouvel éclairage sur l’histoire de Maëlle/Ayat.

Parce qu’il a perdu un ami (Michel Renaud) le 7 janvier 2015 à la rédaction de Charlie Hebdo, parce qu’il a été marqué par le départ en Syrie du fils d’une amie et parce que, comme tous, il a été choqué par les attentats du 15 novembre 2015, Patrick Bard a ressenti « le besoin immédiat d’une réponse par les mots » à la barbarie actuelle. C’est ainsi qu’a commencé, en février 2015, l’écriture de Et mes yeux se sont fermés, un roman proche du témoignage qui raconte comment une jeune adolescente française se laisse séduire par l’islam radical prôné par Daesh, au point de quitter la France pour rejoindre la Syrie et mettre son existence en péril.

Roman choral, Et mes yeux se sont fermés raconte le parcours de Maëlle/Ayat dans la radicalisation, à travers son regard à elle mais aussi à travers tous ceux qui l’ont un jour croisée. Mère, soeur, policier, amis du lycée, amis de Syrie… le portrait de Maëlle/Ayat se dessine souvent par le prisme de l’expérience et la personnalité de chacun de ses proches. Maëlle devient petit à petit Ayat, sous les yeux effarés du lecteur. Patrick Bard, qui s’est énormément documenté pour écrire son roman, adopte un ton juste. Il explique très bien aux adolescents les méthodes de Daesh pour embrigader  des jeunes mal dans leur peau, dans la société et en quête d’une voie à suivre. Théories du complot, images de tortures, vidéos de propagande, détresse de la population Syrienne sont tour à tour évoqués pour voir leur impact sur la conscience, la personnalité de Maëlle. Il ne faudra pas beaucoup de temps pour que la jeune fille se transforme totalement, surprenant ses proches lorsqu’elle décidera de partir en Syrie.

Le personnage de Maëlle/Ayat est intéressant et complexe. Son histoire et la personnalité riche que dessine Patrick Bard au fur et à mesure du roman lui donne une véritable crédibilité. J’ai aimé son ambivalence, ses contradictions et aussi le regard qu’elle porte à la fin sur les événements. Elle ne sera plus jamais Maëlle, c’est évident, mais malgré tout elle ne sera pas non plus l’Ayat de Syrie, celle totalement sous l’emprise de Daesh. Elle naviguera, on le suppose, en permanence, entre son moi passé et son moi futur. Patrick Bard a également su saisir ça avec justesse. Le fait qu’il est choisi, en plus, un personnage féminin est intéressant car les médias ne parlent que très peu de ces adolescentes et femmes qui partent faire le Jihad. Ce qui les attend ne ressemblent pas à une belle vie dans une belle villa à faire de l’humanitaire comme on le leur promet, mais plutôt d’être des épouses fidèles, serviables et fécondent.

Un roman d’actualité donc, qui fait écho avec d’autres publications sur le même thème : Ma Meilleure amie s’est fait embrigader et Little Sister. Et mes yeux se sont fermés apporte un regard complémentaire et nécessaire sur le rapt mental (c’est le terme) dont sont victimes les adolescents qui se laissent séduire par le discours de Daesh. Ce qui marque avec cette lecture, c’est l’aisance avec laquelle le groupe parvient à totalement « retourner le cerveau » d’ados un peu fragiles pour les transformer en personne capable de tuer ou de mourir pour une cause dont ils ignoraient totalement l’existence quelques semaines encore auparavant.

En quelques mots

La littérature jeunesse a besoin de roman comme Et mes yeux se sont fermés pour évoquer les méthodes très sectaires de Daesh. Maëlle, une jeune adolescente sans histoire mais fragile, va vivre en quelques semaines un véritable rapt-mental par l’organisation terroriste et se laisser séduire au point de quitter la France pour la Syrie. A travers son regard et aussi celui de ses proches, Patrick Bard retrace tout son parcours. De l’emprise via les réseaux sociaux aux vidéos complotistes ou de propagande à grand renfort d’images de décapitation et d’enfants malheureux, Patrick Bard décortique les manipulations de Daesh pour pousser les jeunes occidentaux à faire le Jihad.
Le ton est juste, le personnage de Maëlle est intéressant et complexe. Sa personnalité se dévoile au fur et à mesure, dans toute son ambivalence. Le choix d’une « héroïne » féminine n’est pas non plus anodin. En effet, les médias parlent peu de ces adolescentes et femmes qui partent et vivent une réalité loin de ce qu’on leur a promis. Un roman d’actualité fort et indispensable.

A propos de Patrick Bard

Patrick Bard est romancier, écrivain-voyageur et photojournaliste. Les frontières et la question des femmes sont au centre de son travail. Son premier roman, La frontière, a reçu le prix Michel Lebrun (2002), le prix Brigada 21 (Espagne, 2005) et le Prix Ancres Noires 2006. Il est l’auteur de six romans aux éditions du Seuil. Orphelins de sang, sur le trafic d’enfants en Amérique latine, a été récompensé par le Prix Sang d’encre des lycéens 2010 et le Prix Lion noir 2011. En 2015, il a publié Poussières d’exil (Seuil), couronné par le prix 1001 feuilles noires, et Mon neveu Jeanne (Loco) un essai documentaire sur la question du genre.

 

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Un Commentaire

  1. C’est très intéressant même si c’est un peu triste 🙄

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