Du livre au film : The Giver (Le Passeur)

giver1The Giver est l’adaptation du roman Le Passeur de Lois Lowry. Publié en 1994, ce dernier est considéré comme une des premières dystopies. Son passage en film est une retranscription assez fidèle de l’univers de Lois Lowry mais reste assez simpliste.

En 1994, lorsque Le Passeur sort en France ( 1992 pour les Etats-Unis), il fait figure d’ovni car la dystopie n’a encore que très peu été explorée en littérature jeunesse. Vingt ans plus tard, et alors que ce genre est à son apogée, le monde du cinéma ne voit plus aucune raison pour ne pas faire un film de ce livre. Il en ressort un scénario un peu plus complet que le roman et un film de 1h30 mené tambour-battant.

giver7Dans The Giver, Jonas, 16 ans, vit au sein de communautés unifiés. Tout le monde est égaux, tout le monde est pareil et la différence est gommée au maximum jusqu’au jour où chaque adolescent se voit attribué une fonction. Jonas, comme le reste des habitants, ignore tout de la couleur, des émotions, des crises, des guerres et des souvenirs du monde ancien. Son monde est aseptisé. Le jour de la cérémonie des attributions, il devient le nouveau dépositaire de la mémoire. Le précédent dépositaire, un homme reclus et âgé, est chargé de lui transmettre ses connaissances du passé. Jonas va alors être en possession d’un savoir énorme qui va venir ébranler ses convictions…

giver5Le roman Le Passeur est beaucoup basé sur une description minutieuse du fonctionnement de la Communauté et du quotidien de Jonas au sein de celle-ci. Je me demandais comment les scénaristes pourraient tout à la fois conserver cette présentation essentielle, tout en empêchant le spectateur de s’ennuyer. Au final, les informations sont données au maximum soit par la voix off de Jonas (début du film), soit par la mise en scène de certains événements : le bénévolat, les repas, la présentation du lien entre Asher, Fiona et Jonas par un pacte….
ça va très vite, et en moins d’un quart d’heure, nous voici déjà plongé dans la Cérémonie des attributions. Accompagné de quelqu’un qui n’avait pas lu le livre, j’ai eu comme retour que c’était un peu trop précipité et que ça manquait un peu de profondeur. Je ne peux pas dire qu’en effet, de ce point de vue, le roman de Lois Lowry a perdu beaucoup de sa valeur. Car c’est le temps passé à décrire la Communauté est très important dans le roman.

giver3Si je commence avec un petit point négatif pour The Giver, j’aimerai aussi souligner les atouts de ce film. Personnellement, je trouvais qu’il manquait quelque chose dans Le Passeur et je crois que les modifications opérées par les scénaristes dans le récit, sont aussi essentielles pour l’histoire que judicieuses. J’ai ainsi aimé voir la relation entre Fiona et Jonas, clairement affichée sur écran alors qu’elle n’était que suggéré dans Le Passeur.
De la même manière, j’ai aimé voir un Asher plus proche du pouvoir, plus près des lois, pour créer un juste opposant à Jonas car cela n’était pas présent dans le livre.
Ces deux personnages secondaires prennent dans The Giver une importance qu’ils n’avaient pas dans le livre mais qui est essentiel pour comprendre l’ensemble des motivations de Jonas dans ce qu’il compte accomplir. C’est aussi un bon moyen de montrer à quel point les découvertes qu’il fait en devenant dépositaire de la mémoire l’affecte et le transforme.

giver2D’autres changements infimes mais très importants pour donner de la profondeur à un roman qui n’était pas taillé pour être adapté tel quel au cinéma, m’ont convaincue. A commencer par l’âge des personnages, 16 ans, que je trouve plus crédible que 12 ans dans le livre. J’ai aussi apprécié de voir comment la Communauté réagissait face aux modifications de la personnalité de Jonas (et notamment la Grande Sage), car c’était pas du tout abordé dans le livre. The Giver va aussi plus loin que le roman lorsqu’il lance un drone à la recherche de Jonas après son départ…
J’ai trouvé ces apports intéressants car ils apportent un bon complément à l’histoire et la fin, notamment, nous laisse moins perplexe que dans Le Passeur, même si elle reste très ouverte et avide d’avoir une suite.

giver9Pour ce qui est des décors et des choix de la réalisation, j’ai beaucoup aimé la manière dont la Communauté est présentée. On se croirait dans les projets des utopies du début du XXème siècle : modernité, confort, formes géométriques symétriques, arboré et surtout identique. La vision de la Communauté depuis le ciel est particulièrement impressionnante et aussi, terrifiante…
Le choix du noir et blanc pour commencer ce film me semblait un passage obligé et je suis contente de voir que le réalisateur, Philip Noyce, n’est pas eu peur de faire un film qui soit pour beaucoup en noir et blanc. Il n’hésite pas d’ailleurs à renforcer ces contrastes avec un choix de vêtements qui accentue la pureté du blanc et la noirceur du noir…La couleur n’apparaît que lorsque Jonas commence à les voir et uniquement lorsqu’il est présent.

giver8Pour ce qui est des acteurs. Je dois reconnaître qu’ils ne m’ont pas beaucoup marqué. J’aurais aimé un Jonas un peu plus charismatique que Brenton Thwaites, que j’ai trouvé un peu fade. Asher ( Cameron Monaghan) et Fiona (Odeya Rush) ne sont pas vraiment plus marquants malheureusement. Des acteurs comme Jeff Bridge ( Le Passeur) ou Meryl Streep (La Grande Sage) seront finalement plus convaincants dans leur rôle respectif, sans doute parce qu’ils ont une plus grande expérience au cinéma aussi.

giver6Je terminerai sur le dynamisme du film. D’une durée de 1h30, on peut trouver que c’est un peu court. ça l’est sans doute un peu car on aurait aimé, comme je l’ai déjà dit, que le film présente plus profondément la Communauté. Néanmoins, le rythme de l’histoire est dynamique et les événements s’enchaînent avec fluidité. On sent bien la transition s’opérer dans Jonas jusqu’à la fin, menée tambour-battant. Les scènes de découvertes des souvenirs sont particulièrement bien faîte et embrassent une large part de ce qu’est l’Humanité.
Car c’est bien là le message de The Giver. Rappeler que ce qui fait l’Homme se sont les souvenirs terribles ou heureux de la vie de chacun, ainsi que les émotions. Les oublier, les effacer, c’est ne plus être un Homme mais une machine.

giver4The Giver est un film dystopique court dans lequel tout va très vite. Assez classique, l’histoire contient les ingrédients d’une bonne dystopie : un monde aseptisé, identique et égalitaire, un héros qui découvre les failles de son monde et se rebelle, une histoire d’amour naissant, un combat pour établir un nouvel ordre et des opposants qui ne veulent pas voir l’utopie s’achever.
Sans être très original,
The Giver plaira sûrement plus aux lecteurs de Le Passeur qu’à un spectateur qui ne connaîtrait pas le livre. Le film est en effet un complément intéressant au livre par les apports qu’il donne à l’histoire et à la profondeur des personnages. A contrario,  il oublie la profondeur qui se cache derrière le fonctionnement de la Communauté et était décrit avec minutie dans le texte de Lois Lowry.
Ce film est moins bon qu’Hunger Games, Divergente ou Le Labyrinthe, car bien plus simpliste. The Giver sort peut-être trop tard au cinéma.

Bande-annonce :

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7 Commentaires

  1. Je cherchais à savoir si le film était basé sur tous les tomes, ou non, mais tu ne le précises pas.

    Au début, tu dis que ce livre, sorti en 92, est une des premières dystopies; Et bien loin et loin de là… très loin même.
    En sf, les dystopies sont « monnaies courantes » depuis les années 30 déjà.
    Des exemples connus, plus ou moins vieux, avec les livres de Herbert, Orwell (le très connu 1984, sorti en 49), et un des plus connus et fou, Le meilleur des mondes, de Huxley, sorti en 31…
    Très bon livre, rien à voir avec ces bouquins pour ados. Un auteur incroyable, étonnamment visionnaire…qui écrivit également « Les portes de la perception ».
    Et pour moi le plus grand roman dystopique (et le meilleur livre que j’ai lu), Ubik, du très grand Philip K.Dick, le plus grand auteur de sf, aucune comparaison possible avec d’autres auteurs, une imagination sans fin, on pourrait faire 20 romans avec les idées d’un seul…
    Le film Total recall est une adaptation d’une nouvelle de quelques dizaines de pages…
    Blade Runner, adapté de son roman « Les androïdes rêvent-ils de mouton électrique? » , également un très grand roman sf, bien meilleur que le film bien sûr, etc etc….
    Ces romans sont assez difficile à suivre, mais ils en valent vraiment, vraiment la peine.
    Je conseille Ubik, Le maitre du haut-château, Substance mort, Les androïdes….moutons électriques, La trilogie divine, entre autre.

    • C’est exact, j’aurais dû préciser une des premières dystopies de littérature jeunesse car oui la dystopie existe depuis plus longtemps en littérature générale, comme tu le rappelles.

  2. bonjour,

    pour une vision plus complète du monde imaginé par Loïs Lowry tu peux lire les suites (passionnantes) du Passeur : « l’élue », « Messager » et « Le fils » . Quant au film je le trouve assez réussi en tous cas plus que Divergente ou Le labyrinthe

    Et encore merci pour tes chroniques et ton site en général

  3. Ping :Le Fils | Littérature & Jeunesse (Li&Je)

  4. Personnellement, je n ai pas encore lu le livre et j hesite. J ai vu le film que j ai d ailleurs vraiment beaucoup aimé meme si l histoires ressemblent a beaucoup d autres je ne me suis pas ennuye et les images de notre humanité sont très belles. Il fait reflechir, je n ai plus qu a lire le livre !

    • j’ai d’abord vu le film que j’adore et je viens de lire le livre ( en anglais je précise) et j’ai adoré aussi . il y a un souvenir que le passeur donne à Jonas et qui n’est pas dans le film et comme je suis prof ( d’anglais) je vais faire lire ce passage à mes élèves . J’aimerais juste qu’il y ait une suite ou que les autres livres de la trilogie soient adaptés au ciné .

  5. C’est dommage que l’adaptation ne soit pas à la hauteur mais j’aimerai beaucoup le voir car j’ai adoré les romans 🙂

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