Du livre au film : The Circle de Dave Eggers

Publié en 2013, le roman Le Cercle de Dave Eggers a été adapté au cinéma 4 ans plus tard sous le titre The Circle. Le film nous invite à pénétrer dans les arcanes d’une société spécialisée dans les médias et la communication, prête à tout pour accéder à notre vie privée et faire de la transparence la nouvelle norme…

On le constate tous au quotidien, continuer à avoir une vie privée et être anonyme dans une société hyper-connectée est une mission quasi impossible. Sans cesse on nous invite à partager nos instants du quotidien, on cherche à connaître nos goûts, nos habitudes, nos amis, nos envies, notre état de santé…. Par exemple, il suffit d’allumer son téléphone portable pour que celui-ci cherche à nous géolocaliser, ou encore, de faire une recherche sur internet pour que notre moteur de recherche favori l’enregistre quelque part dans le but de le vendre à quelqu’un. C’est une réalité dont on a plus ou moins conscience, dont on a plus ou moins peur et que The Circle, adaptation du roman Le Cercle de Dave Eggers, exacerbe. Cette dystopie contemporaine que l’on compare souvent à l’avant-gardiste 1984 de George Orwell, raconte purement et simplement la destruction complète de la vie privée par les nouvelles technologies et l’entreprise commerciale qui chapeaute l’ensemble : The Circle.
  Le scénario de The Circle est fidèle au roman. Mae Holland, une jeune femme qui s’ennuie dans son travail de téléconseillère, décroche un job au service client de The Circle. L’entreprise fait rêver la plupart des actifs et elle va donc tout faire pour réussir à s’intégrer et suivre le rythme trépidant de la société. Une fois franchit les portes de The Circle, Mae Holland se laisse complètement happer par le système au point d’en devenir une de ses plus fervente porte-parole...mais à quel prix ? Car dans l’avenir imaginé par la société ultra-puissante, les réseaux sociaux ont sans complexe mis totalement un terme à la vie privée et les moindres faits et gestes de millions de personnes vont bientôt être espionnés grâce à de minuscules caméras. L’individu n’a plus de raison d’être, il n’existe que pour partager sans cesse avec le reste de la communauté, ses expériences. 

Comme dans le roman de Dave Eggers, le spectateur est placé dans la position du voyeur. Nous suivons Mae dans les arcanes de The Circle et nous découvrons le fonctionnement de cette entreprise qui marche sur la même dynamique que Facebook, Apple ou Google. La critique de ces sociétés et de leurs projets toujours plus ambitieux ( mais aussi dangereux pour la vie privée) est d’ailleurs aussi peu voilée dans le film que dans le livre. Et comme dans le roman, The Circle donnera parfois l’impression d’être plus construit comme un reportage documentaire sur une nouvelle société de la Sillicon Valley, que comme un film. L’histoire manque, comme dans le roman, de rythme car il s’agit plus de la description détaillée de l’univers de l’entreprise à travers l’ascension d’un personnage qui pourrait être n’importe qui.

De la même façon, les acteurs n’ont pour rôle que de mettre en lumière le réseau social. Si Emma Watson occupe l’écran et est crédible, avec la simplicité qui caractérise son jeu, dans le rôle de la jeune active émerveillée par l’entreprise, on trouvera que les autres personnages, campés par Tom Hanks, John Boyega ou encore Karen Gillan manquent un peu de prestance mais aussi et surtout, tout simplement de présence dans le film ! Leurs rôles sont ainsi réduits à de simples ébauches et il manque pour eux une vraie personnalité.

Malgré tout, The Circle tient un propos efficace et offre une relative prise de conscience aux spectateurs qui comprennent bien, à travers le film, que notre vie privée est menacée par les entreprises qui sont aujourd’hui aux manettes de l’Internet. Le film montre aussi bien le danger qu’il y aurait à tout confier à une seule et même société. Mais la fin laisse un arrière goût un peu étrange qui est bien différent du roman initial. Alors qu’on pense que Mae va trouver de quoi mettre fin aux agissements des dirigeants de The Circle, que penser de ces dizaines d’écrans qui viennent clôturer le film et présentent tous des lieux et des personnes différentes dans leur quotidien ?
Si l’idée est peut-être que si tout le monde est visible alors l’individu devient invisible, on se demande quand même si cela n’est pas aussi faire comprendre aux spectateurs que de toute manière la vie privée n’existe déjà plus et qu‘il faut mieux maintenant espérer que celle-ci soit noyée dans l’océan des vies privées devenues publiques…

Pour marque-pages : Permaliens.

Un Commentaire

  1. Vu aujourd’hui, j’ai beaucoup aimé, très intéressant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *